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Calvaires maliens

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Le Mali s’enfonce inexorablement dans un insondable abîme de violence, de barbarie et d’irresponsabilité. Chaque jour apporte son lot de nouvelles effarantes. Dans le Nord, dernier avatar en date de cette région qui bascule vers ce que le nouveau président sénégalais Macky Sall appelle un « Africanistan » : l’application de la charia à tout prix. Ainsi à Tombouctou, l’ex-« perle du désert », un jeune couple, Hamaradane et sa douce, Zebou, s’est-il vu infliger cent coups de cravache pour avoir entretenu une relation hors mariage qui a donné naissance à un enfant. Une punition d’un autre âge, administrée en public devant une foule conviée pour l’occasion, « sous contrôle médical », a tenu à préciser, sans doute dans un élan irrépressible d’humanisme, un responsable d’Ansar Eddine… Puis le couple a été contraint au mariage, devant le même cadi qui avait prononcé la sentence.

« Pour nous, la charia doit être appliquée, que la population l’accepte ou non. […] Nous ne sommes vraiment pas des démocrates », a expliqué un des représentants du groupe intégriste à Tombouctou. Peut-être pourrait-il disserter avec le brillant historien et penseur tunisien Mohamed Talbi, qui lui expliquera, après l’avoir fait dans nos colonnes (lire sa tribune intitulée « La première laïcité musulmane ? » dans J.A. no 2648), que la charia, cela ne veut rien dire, et qu’« elle n’a aucun fondement coranique ». De conception humaine et relativement tardive, elle n’oblige aucun musulman en conscience et a pris, grâce à nos pseudo-exégètes moyenâgeux, une forme coercitive voire terroriste incompatible avec la liberté et la démocratie. Il pourrait également réfléchir avec notre professeur émérite sur les raisons profondes de l’obsession maladive des femmes en général et du sexe en particulier chez de nombreux islamistes…

Dans le Sud, si on n’en est pas encore là, et c’est heureux, il n’y a cependant guère plus de motifs d’espoir ; un petit capitaine qui suinte l’acrimonie se prend pour le sauveur de la nation sans régler quoi que ce soit et qui rappelle chaque jour un peu plus Moussa Dadis Camara ; un Premier ministre dont on finit par se demander s’il n’est pas la plus grosse erreur de casting proposée par la médiation ; un président de la transition, le malheureux Dioncounda Traoré, que la junte a laissé – c’est le moins que l’on puisse dire – se faire lyncher par une foule de jeunes désoeuvrés qui ont perdu tout repère et dont des politiciens cyniques et immoraux ont savamment attisé la haine pour parvenir à leurs fins et assouvir leurs petites ambitions personnelles.

Il faut mettre un terme à ce scénario cauchemardesque, à cette insupportable litanie d’horreurs et à ces comportements veules et inhumains. Dans ces conditions, où l’indéfendable le dispute à l’ubuesque, il n’existe hélas aucune autre solution qu’une intervention militaire, africaine évidemment.

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