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Côte d’Ivoire : conspirateurs et… pieds nickelés

Le ministre de l'Intérieur, Hamed Bakayoko, a fait état d'un vaste plan de destabilisation. © AFP

Des procès-verbaux d'audition dont "Jeune Afrique" a eu copie attestent l'existence d'un ou de plusieurs complots contre le pouvoir d'Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire... Des plans de déstabilisation... plus ou moins bien préparés en amont.

Amateurisme, inorganisation, rivalités internes et une dose de mysticisme… Si l’on en croit les documents saisis par la police sur deux militaires proches de l’ex-président Gbagbo arrêtés ces derniers mois en Côte d’Ivoire ainsi que les procès-verbaux d’interrogatoires, les opposants en exil, pour déterminés qu’ils soient à reconquérir le pouvoir perdu, paraissent plus proches des pieds nickelés que des redoutables conspirateurs décrits par le pouvoir.

Un rapport de la direction des renseignements généraux dont J.A. a pris connaissance fait ainsi état d’une opération « Esaïe 60 » (nom de code tiré d’un texte biblique), dont certains détails, passablement confus, auraient été saisis sur l’ancien aide de camp de Simone Gbagbo, le commandant Séka Yapo (dit Séka Séka), lors de son arrestation à bord d’un avion en transit à Abidjan, le 15 octobre 2011. Ce plan qui, si l’on en croit ce rapport, visait à « l’extraction du couple Golf plus collaborateurs » (Laurent et Simone Gbagbo, alors en résidence surveillée dans le Nord) est extrêmement vague, voire surréaliste, avec un « inventaire de forces amies » composées de troupes ougandaises, sud-soudanaises et sud-africaines. Il y est également question de commandes d’armes via un général de gendarmerie de Guinée-Conakry nommément cité et d’un certain nombre de sociétés-écrans sises à Abidjan et favorables à la « cause ».

Opération "Faucon rouge"

Plus sérieux et significatif semble être le procès-verbal d’audition par le directeur de la DST, le commissaire Diomandé Inza, du lieutenant-colonel Paulin Gnatoa Katé, interpellé le 8 mars dernier à Grand-Bassam accompagné de trois hommes, alors qu’il s’était introduit clandestinement en Côte d’Ivoire en provenance du Ghana. Gnatoa, 47 ans, n’est pas un inconnu : il était l’un des patrons du groupe de sécurité présidentielle de Laurent Gbagbo et était à ses côtés dans son bunker, avant de prendre la fuite avec des mercenaires libériens. Selon le PV, signé par l’intéressé, il aurait été recruté à Accra par le pasteur Moïse Koré, célèbre guide spirituel du couple Gbagbo, puis mis en présence de trois anciens ministres du dernier gouvernement de Laurent Gbagbo lors d’une réunion secrète tenue dans la capitale ghanéenne le 19 novembre 2011 : Justin Koné Katinan (venu du Cameroun), Richard Kouamé Sécré et Amara Touré.

–> Lire aussi : Côte d’Ivoire, la réconciliation impossible ?

L’opération « Faucon rouge », dont les détails ont été discutés au cours de cette rencontre, prévoyait une triple offensive contre le pouvoir en place à Abidjan à partir des frontières ghanéenne et libérienne ainsi qu’à l’intérieur de la Côte d’Ivoire, en utilisant une force d’assaut hétéroclite composée de militaires en exil, de démobilisés des forces ivoiriennes et de mercenaires libériens. Plusieurs officiers, figures connues de la galaxie sécuritaire du président déchu et réfugiées au Ghana, sont de la partie, selon Gnatoa : le commandant Abehi (ex-chef de l’escadron blindé de la gendarmerie), le capitaine Zadi (qui dirigea le blocus du Golf Hôtel pendant la crise postélectorale), les colonels Gouanou et Dadi Tohourou, les commissaires Loba, Gnahoua et Djédjé Gbagro, etc. Il est question également d’argent, de caches d’armes et de commandes de matériel en Ukraine. Tout ce petit monde d’exilés baigne dans un climat de paranoïa et de suspicion mutuelle. Quant à la facilité apparente avec laquelle ces opposants entrent en Côte d’Ivoire puis en ressortent, elle en dit long sur la porosité de la frontière ghanéenne.

Reste que si l’authenticité des deux documents auxquels J.A. a eu accès ne fait pas de doute, il convient de préciser que les déclarations de Gnatoa Katé ont été recueillies hors procédure judiciaire et sans la présence d’avocats. Ce dernier, tout comme Séka Séka, est aujourd’hui détenu à Abidjan dans le cadre d’une enquête préliminaire conduite par le procureur militaire Ange Kessy Kouamé.

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