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Pakistan : à qui le tour ?

Le président pakistanais, Ali Asif Zardari. © Liu Jin/AP/SIPA

Un Premier ministre destitué, un autre écarté avant son investiture, un troisième accusé de corruption. Tout ça en trois jours !

Un Premier ministre destitué, un autre forcé de jeter l’éponge à peine pressenti, un troisième accusé de corruption… Derrière ces péripéties se trame l’éviction du très impopulaire président Ali Asif Zardari, épilogue attendu du bras de fer qui oppose la toute-puissante armée à un pouvoir civil pris de timides velléités d’indépendance. Flash-back. 

Octobre 2011

Persuadé que les militaires préparent un coup d’État, Zardari ne quitte plus guère son palais et vit dans la hantise d’être assassiné comme Benazir Bhutto, son épouse. Il fait parvenir une note à l’amiral Mike Mullen, le chef d’état-major des armées américaines, demandant aux États-Unis de l’aider à écarter ce danger en échange d’une réelle coopération dans la lutte antiterroriste. Avec ce Memogate, Zardari passe pour « un traître à la nation ». En décembre, il se rend à Dubaï. Son entourage parle d’une opération consécutive à un malaise cardiaque. Beaucoup pensent qu’il a été victime d’un coup d’État feutré. Pourtant, il revient.

Février 2012

La Cour suprême, qui passe pour être proche de l’opposition, voire de l’armée, inculpe Youssouf Raza Gilani pour « outrage à la justice ». Motif : arguant que Zardari est protégé par son immunité, le Premier ministre refuse de demander la réouverture de poursuites que la Suisse avait diligentées contre le président pour détournement de fonds. 

19 juin

La cour destitue Gilani. Face à ce coup de force judiciaire, le Parti du peuple pakistanais (PPP, au pouvoir) s’incline pour éviter une confrontation avec l’armée et désigne son candidat, Makhdoom Shahabuddin. Patatras ! La veille de son investiture, celui-ci est accusé de trafic de drogue. Parmi ses complices présumés, Ali Musa Gilani, le fils de l’ex-Premier ministre… Le PPP choisit alors Raja Pervez Ashraf. Investi le 22 juin, celui-ci est aussitôt accusé de corruption dans une affaire qui remonte à 2008, quand il était ministre de l’Eau et de l’Électricité.

Depuis le 25 juin, de nouvelles manoeuvres judiciaires visent à déclarer inconstitutionnels l’immunité de Zardari et son cumul de fonctions de président du pays et de vice-président du PPP. Pourtant, l’armée ne paraît pas désireuse de gouverner directement un pays en proie à une grave crise économique et à la violence islamiste. Sans doute mise-t-elle sur des législatives anticipées pour installer des hommes à sa main. Nawaz Sharif, le chef de la Ligue musulmane (PML-N), et le très antiaméricain Imran Khan (l’ancien champion de cricket) pourraient ainsi se disputer un pouvoir civil discrédité et affaibli.

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