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Le Mali peut attendre…

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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C’est tout de même étrange… Voilà une situation on ne peut plus claire : un coup d’État dans le Sud, une rébellion qui ne vise désormais qu’à installer un État théo­cratique d’un autre âge dans le Nord, Aqmi et consorts qui narguent le monde entier, leurs chefs, parmi les plus recherchés de la planète, qui se baladent tranquillement à Tombouctou ou à Gao et dont les crimes en série les enverraient aussi sûrement à la CPI que tous ceux qui attendent leur procès dans les geôles de Scheveningen, à La Haye.

À Bamako, le président de la transition, qui n’a pas grand-chose à se reprocher dans l’épreuve que traverse son pays, s’est fait lyncher pendant près de une heure, devant des bidasses passifs voire hilares, par de jeunes désoeuvrés dont des politiciens, qui n’avaient aucune chance d’exister en dehors du chaos actuel, ont savamment lavé le cerveau pour les inciter à commettre ce crime impardonnable (voir la vidéo exclusive de l’agression de Dioncounda Traoré sur notre site). Le « sauveur de la nation », Amadou Haya Sanogo, chef d’une junte qui a arraché le pouvoir des mains d’un président sur le départ, ne sauve rien du tout. Pis, sa responsabilité dans l’agression barbare dont a été victime Traoré semble engagée. Et ses troupes ne se privent pas de torturer, bastonner et emprisonner arbitrairement tous ceux qui n’adhèrent pas à la « cause ». Ou avec qui Sanogo a des comptes personnels à régler…

Le Mali coule. Et, contrairement aux réactions suscitées par l’aventure libyenne, aucune voix ne s’est élevée pour s’opposer à une intervention militaire : pas de dos Santos ou de Zuma pour protéger de soi-disant pourfendeurs du néocolonialisme, pas de Chine ou de Russie qui bloquent toute résolution. Les grands de ce monde se sont précipités en Afghanistan, en Irak, en Libye, voire en Côte d’Ivoire. Excepté en Syrie, véritable casse-tête géopolitique qu’il vaut mieux comprendre avant de faire n’importe quoi, quand on veut, visiblement on peut.

Dans le cas qui nous préoccupe – ce Mali qui sombre chaque jour un peu plus -, on nous explique que tous les ingrédients d’une véritable bombe à retardement sont réunis. Qu’une nouvelle Somalie, plus proche et plus inquiétante, est en gestation. Tout le monde clame sa détermination à ne pas laisser Aqmi s’installer et son indignation face à une telle descente aux enfers. Des chefs d’État africains se bousculent devant les médias pour réclamer de l’aide, dans le respect des règles internationales en vigueur, avant qu’il ne soit trop tard. Résultat ? Rien, ou si peu. Il faut discuter, dialoguer, peut-être en espérant convertir les djihadistes aux vertus de la démocratie, de la laïcité et du libéralisme… C’est toujours la même antienne pour ceux qui n’ont pas de pétrole ou dont le pays ne revêt aucun intérêt stratégique : souffrez en silence, votre cas peut attendre…

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