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Le livre du mois : « La Vie à pile ou face » de Marie-Andrée Ciprut

par

Alain Mabanckou est écrivain et professeur de littérature francophone à UCLA (États-Unis). Depuis 2016, il occupe la chaire de création artistique au Collège de France.

Écrivain franco-congolais.

Marie-Andrée Ciprut, psychologue de formation, est l’auteure de textes qui convoquent la rencontre des cultures, la tolérance et l’art du vivre-ensemble. Elle a ainsi publié, entre autres, en 2004, Outre mère. Essai sur le métissage, livre dans lequel on perçoit l’itinéraire d’une femme née en Martinique, venue en Suisse pour poursuivre des études universitaires et mariée à un Suisse qui, lui-même, est né en Iran de père bulgare et de mère roumaine. Un mélange des origines qui traduit avec force ce qu’Édouard Glissant, maître à penser de Ciprut, aurait pu qualifier d’« identité rhizome ». L’auteure, préoccupée par la place de la femme dans nos sociétés, publiera d’ailleurs, en 2008, un essai remarquable, Flore de femmes. Féminitude et influx migratoires.

« Ciprut convoque la recontre des cultures, le vivre-ensemble »

Dans son nouveau livre, La Vie à pile ou face… ou le goût des autres, Ciprut mêle des textes très personnels aux « aventures » vécues à travers un calendrier imaginaire. En janvier, c’est la période de l’Obamania, tandis que février, avec son cortège de festivités, de carnavals, enflamme non seulement la Martinique mais aussi la Suisse, où réside l’auteure. Le mois de mars « énerve » Ciprut, et elle le dit dans un pamphlet qui réclame les droits de la femme. Avril traîne de drôles de poissons migratoires et identitaires. Quand arrive mai, on pense à l’Histoire, celle de la Caraïbe, là où, en 1492, apparut Christophe Colomb. Une terre qui allait trembler en 1902, avec l’éruption du volcan de la montagne Pelée. Ciprut retrouvera son « vieil homme », le grand Césaire, témoin infatigable, voix rebelle du peuple noir.

Marche du monde

Dans chaque « mois », l’auteure nous plonge dans l’Histoire, fouille des éléments qui, éparpillés, se rassemblent et éclaircissent notre vision sur la marche du monde. Certains textes sont des plaidoyers contre le racisme, la xénophobie, voire une lettre ouverte au président de la République française élu en 2007 et qui choisit d’aller retrouver ses amis dans un célèbre restaurant des Champs-Élysées.

Et il arrive que, dans son pèlerinage à travers le monde, notamment en Iran, l’éclat de colère s’empare de l’auteure contre les mariages forcés. Cela, c’est en novembre, mois sombre, mois de deuil. L’auteure songe alors à décembre, qui clôt le livre, mois de détente, de légèreté. Et on peut pousser la chanson.

En somme, Ciprut nous donne à lire un livre d’amitié, de sourires, d’impertinence, avec une expérience multiculturelle qui traverse ses réflexions sans nous assommer de morale. Ce qui est rare en ces temps.

La Vie à pile ou face…ou le goût des autres, de Marie-Andrée Ciprut, Ibis Ruge Éditions, 10 pages, 15 euros.

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