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Israël : sus aux planqués du service militaire !

Des Israéliens manifestent le 7 juillet à Tel Aviv pour réclamer le service militaire pour tous. © AFP

Poussé par l'opinion laïque, le gouvernement israélien veut imposer le service militaire à tous, notamment aux Arabes et aux ultraorthodoxes, jusqu'ici exemptés. Mais cette réforme sème le trouble.

En Israël, le service militaire s’inscrit comme une étape de la vie. Il est imposé à chaque jeune qui atteint la majorité : trois ans pour les hommes, deux ans pour les femmes, et des périodes de réserve plus ou moins régulières jusqu’à l’âge de 45 ans. Dans un pays en état de guerre permanent depuis sa création, s’enrôler sous les drapeaux reste largement perçu comme un rite de citoyenneté, voire un acte de patriotisme.

Cette conscription vaut à Tsahal l’appellation d’armée du peuple. Elle a pourtant toujours épargné deux catégories de la population : les Arabes israéliens et les ultraorthodoxes. Si les premiers sont exemptés au motif qu’ils pourraient à tout moment basculer dans le camp ennemi, les seconds bénéficient d’un statut privilégié qui remonte à David Ben Gourion, quand 400 séminaristes ultraorthodoxes furent dispensés d’obligations militaires afin de poursuivre leurs études en yeshiva (école talmudique).

Au fil des années l’exception s’est transformée en règle sans qu’aucun cadre légal soit défini.

Mais au fil des années l’exception s’est transformée en règle sans qu’aucun cadre légal soit défini. Ce n’est qu’en 2002 que l’exemption des haredim (« craignant Dieu ») fut actée par la loi Tal, celle-ci leur offrant la possibilité de refuser un enrôlement dans l’armée ou de différer l’échéance. Le débat sur une conscription universelle, en d’autres termes sur la fin du privilège dont bénéficient les ultra­orthodoxes, n’a depuis cessé de prendre de l’ampleur. D’autant qu’à la faveur d’une démographie galopante la proportion des « hommes en noir » est passée de 2 % de la population dans les années 1970 à près de 15 % aujourd’hui.

Sanctions

Comme souvent en Israël, la polémique est née d’une décision de la Cour suprême. En février, la plus haute instance démocratique de l’État hébreu estimait que la loi Tal était anticonstitutionnelle et qu’elle serait considérée comme caduque à compter du 1er août, donnant de facto le statut de déserteur à quelque 70 000 jeunes ultraorthodoxes. « Les ressortissants arabes et les haredim doivent partager le fardeau », a tranché le Premier ministre, Benyamin Netanyahou. La commission Plasner, qu’il a mandatée pour élaborer une réforme du service militaire, propose que pour chaque classe d’appelés un quota de 1 500 ultraorthodoxes puisse poursuivre ses études religieuses. Mais elle prône aussi des sanctions fiscales ou financières contre ceux qui se soustrairaient à leurs obligations militaires. Quant aux Arabes israéliens (20 % de la population), ils seraient progressivement soumis à un service national civil.

Reste que ce projet met en péril la coalition au pouvoir. D’un côté, les partis religieux (16 sièges) refusent tout compromis sur cette question, arguant que les prières acharnées des jeunes ultraorthodoxes participent à la défense du pays. De l’autre, la formation d’extrême droite Israel Beitenou (15 sièges) du ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman réclame le service militaire pour tous. Pour ne rien arranger, le parti centriste Kadima (28 sièges) menace de quitter le gouvernement si celui-ci ne mène pas la réforme à son terme, faisant ressurgir l’hypothèse d’élections anticipées.

Dans la presse, les éditorialistes ne donnent pas cher des chances du Premier ministre de faire prévaloir son point de vue, « car il n’est pas affectivement bâti pour une telle rupture avec ses alliés religieux », prédit Ben Caspit dans les colonnes du quotidien Maariv. Pendant ce temps, la rue laïque gronde et accentue un peu plus la pression. Le 7 juillet, 20 000 Israéliens ont bruyamment défilé à Tel-Aviv. Lassés d’être des « pigeons », ils ne veulent plus être les seuls à porter la sacro-sainte sécurité d’Israël sur leurs épaules.

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Maxim Perez, à Jérusalem

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