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Union africaine : femme, femme, femme…

par

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

En Afrique aussi et peut-être un peu plus qu’ailleurs, un homme sur deux est une femme. Pour ne pas l’avoir compris à temps et avoir sous-estimé la pugnacité de sa rivale, Jean Ping s’est retrouvé KO au troisième round, accusant au passage Jeune Afrique d’avoir été partie prenante dans ce combat perdu et qu’il estime truqué. « Vous avez choisi le mauvais cheval », a-t-il reproché à nos envoyés spéciaux le 15 juillet à Addis, en marge du sommet de l’Union africaine, « vous n’êtes que des troublemakers » (des « fauteurs de troubles »). Si M. Ping ne semble guère supporter les critiques, il faut pourtant savoir pardonner au vaincu, lequel a d’ailleurs fini par admettre sa défaite avec une certaine élégance. On mettra donc cette saillie sur le compte de son émotion et de l’amertume d’avoir été trahi par certains de ses soutiens présumés, dont, manifestement, l’une des deux femmes chefs d’État du continent, Ellen Johnson-Sirleaf.

Il est vrai que, si l’on en croit les limiers de J.A., Mme Dlamini-Zuma a largement « mouillé le boubou » (ou plutôt l’isidwaba, vêtement féminin traditionnel en pays zoulou), allant jusqu’à s’introduire sans y avoir été invitée dans la suite d’hôtel de la présidente libérienne pour entreprendre de la « retourner » en sa faveur. Quand la solidarité entre femmes s’ajoute à la coalition des égoïsmes nationaux, cela laisse peu de chances aux mâles du troupeau. Une femme sur le toit de l’Union africaine, avec cela compétente, courageuse, intelligente et expérimentée, qui oserait s’en plaindre ? À condition qu’elle ne confonde pas les intérêts de son pays avec ceux du continent et qu’elle sache mettre un peu d’huile dans les rouages de son caractère en acier trempé – même une dame de fer doit pouvoir s’asseoir sous l’arbre à palabres -, Nkosazana Dlamini-Zuma pourra redonner à la présidence de la Commission une visibilité et une crédibilité perdues depuis Alpha Oumar Konaré. J.A. n’a jamais dit autre chose, et même s’il serait injuste de faire porter au seul Jean Ping le poids des échecs de cette institution, il était nécessaire et même urgent qu’il passe la main.

Mme Dlamini-Zuma, 63 ans, fait ses premiers pas sous les projecteurs panafricains au moment où, effet du hasard bien sûr, deux premières dames semblent s’être retirées dans l’ombre sur la pointe des pieds. Chantal Biya tout d’abord, que les Camerounais n’ont plus vue en public depuis des mois et qui, orphelins de leur First Lady, s’inquiètent de la savoir à Paris sans que nul ne leur explique pourquoi cette femme qui fut si présente est désormais si absente. La compagne de François Hollande ensuite, réduite, elle qui voulait réinventer le rôle, à jouer celui de partenaire effacée pour n’avoir pas respecté l’obligation de réserve. Elle sera à ses côtés, a expliqué le nouvel élu le 14 juillet, « lorsque le protocole l’exigera, ce qui n’est pas très fréquent ». Trois jours plus tard, elle était assise auprès de son homme lors du dîner officiel offert en l’honneur de Moncef Marzouki. Sur le carton d’invitation, ces mots inédits : « Le Président de la République François Hollande et Madame Valérie Trierweiler ont l’honneur… ». Une première dans l’histoire. Avec un petit « h ».

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