Jean-Luc Decornoy, KPMG : « L’Afrique restera arrimée aux grandes régions pour un bon moment »

Jean-Luc Decornoy a été élu vice-président de KPMG pour la région Europe, Moyen-Orient et Afrique en octobre 2011 pour un mandat de trois ans. DR ©

Jean-Luc Decornoy est le vice-président Europe, Moyen-Orient et Afrique de KPMG. Interrogé par "Jeune Afrique", il revient sur les perspectives économiques du continent ainsi que sur la stratégie du cabinet pour les prochaines années.

Pour Jean-Luc Decornoy, le continent africain ne dispose pas de ressources suffisantes pour être indépendant sur le plan économique, malgré une forte croissance. Le vice-président Europe, Moyen-Orient et Afrique du cabinet de conseil français KPMG, qui réalise 55 % de son chiffre d’affaires dans la zone EMEA (Europe, Moyen-orient et Afrique), a accepté de répondre aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : N’est-il pas étonnant que dans votre organisation, la région Afrique soit toujours arrimée à l’Europe, au Maghreb et au Moyen-Orient alors que tous s’accordent à dire que le continent est celui de la croissance ?

Jean-Luc Decornoy : L’Afrique a une croissance qui se situe autour de 5 % alors que le reste du monde oscille entre 1 et 3 %. Mais, pour l’instant, il faut tenir compte des réalités. L’Afrique est certes le continent où la croissance est forte, mais, le continent n’a pour le moment pas assez de ressources pour être une zone indépendante à part entière. Il faut toujours l’arrimer à l’Europe et au Moyen-Orient. L’Afrique restera arrimée aux grandes régions jusqu’à ce que le revenu généré par le continent atteigne un niveau considérable.

Les règles du jeu ne doivent pas être changées brutalement.

Dans le monde, nous avons trois grandes zones, le Pacifique, les Amériques et la région EMEA. Tous les flux d’investissement partent de l’Europe, des États-Unis ou de l’Asie, avec la Chine et autres pays émergents, vers l’Afrique. En Afrique subsaharienne, la zone francophone est fortement liée à la France, tout comme la zone anglophone à l’Angleterre ou encore les pays lusophones au Portugal. Dans l’organisation de tous les grands groupes, l’Afrique est toujours arrimée à l’Europe, au Maghreb et au Moyen-Orient. Toute cette zone représente 55 % du chiffre d’affaires annuel de KPMG.

Une fiscalité non cohérente pourrait devenir un frein aux investissements sur le continent, faites-vous le même constat ?

De plus en plus d’investissements affluent vers le continent africain. Le vrai problème en Afrique réside dans les questions de fiscalité. Depuis la crise financière internationale de 2008, les ressources se raréfient. Les États africains ne reçoivent plus de subventions ou d’appuis budgétaires assez conséquents pour financer leurs économies. Les impôts sont le seul recours des pays du continent. Plusieurs réformes ont vu le jour pour capter toutes les ressources en vue d’assurer de bonnes recettes avec lesquelles les investissements publics peuvent être financés.

L’Afrique est l’une des régions du monde où la pression fiscale est la plus forte. Les États ciblent surtout les secteurs porteurs de croissance comme les mines, le pétrole, les exportations et les importations. Mais il ne faut surtout pas de réformes brusques et violentes. Les règles du jeu ne doivent pas être changées brutalement et ne doivent pas être préjudiciables aux investisseurs, qui ont généralement une culture d’imposition.

Quelle sera la stratégie de KPMG sur le continent au cours des prochaines années ?

Nous nous focalisons de plus en plus sur le pool juridique et fiscal sans pour autant abandonner nos métiers traditionnels. Les investissements se dirigent de plus en plus vers l’Afrique et 2014 sera une année de développement de nos opérations sur le plan fiscal et juridique, avec une orientation sur les mines, le pétrole et l’énergie, et avec l’établissement de task forces. Nous visons une croissance de 20 % en 2014 par rapport à nos concurrents et nous prévoyons d’implanter à Abidjan une plateforme technique dans les domaines précités.

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