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Italie : oh non, pas Berlusconi !

Il Cavaliere, au cours d'une conférence de presse à Rome, le 25 mai. © AFP

Il a mené son pays au bord du gouffre. Pourtant, Silvio Berlusconi conduira sans doute la liste de son parti lors des législatives de l'an prochain. Pour sauver son empire audiovisuel et éviter une condamnation pénale.

Chassé par la porte il y a huit mois, Silvio Berlusconi va-t-il tenter de revenir par la fenêtre au palazzo Chigi, siège de la présidence du Conseil ? Tout indique qu’il s’y prépare. Éternel histrion de la politique italienne, champion incontesté des gaffes diplomatiques, des blagues ineptes et des amours ancillaires, Sua Emittenza – jeu de mot intraduisible forgé à partir de Sua Eminenza (« Son Éminence ») et de emettere (« émettre ») – a porté la confusion entre son business audiovisuel et les affaires de l’État à un niveau jamais vu en aucun temps ni aucun lieu. Et c’est, selon toute apparence, la principale raison qui l’incite aujourd’hui, après avoir juré plusieurs fois le contraire, à envisager un hypothétique ritorno lors des législatives d’avril 2013 – il aura 76 ans en septembre prochain.

Depuis son infamante éviction sous la pression conjointe de l’Union européenne et des marchés financiers, exaspérés par son incapacité à faire face à la crise de la dette souveraine italienne (2 000 milliards d’euros) et à engager une quelconque réforme, ses propres affaires périclitent. Mediaset, le groupe télévisuel contrôlé par Fininvest, le holding familial, voit ses annonceurs publicitaires, qu’aucune crainte de représailles des pouvoirs publics ne retient plus, prendre un à un la tangente. Du coup, le cours de l’action Mediaset à la Bourse de Milan a perdu 45 % de sa valeur depuis le 1er janvier.

Impunité pénale

Par ailleurs, sa présence à la tête du gouvernement a toujours assuré à Berlusconi une inoxydable impunité pénale. Les innombrables procès engagés contre lui depuis vingt ans pour des motifs variés (corruption, fraude fiscale, abus de confiance, abus de biens sociaux, faux en bilan, financement illicite de parti politique, etc.) ont tous abouti à un non-lieu pour insuffisance de preuves, à une relaxe en appel ou à une prescription du délit. Quand les magistrats lui adressaient une convocation, il refusait d’y déférer, arguant d’un « empêchement légitime ». Et quand la loi en vigueur ne lui assurait pas d’échapper à une condamnation, il demandait à ses ministres de la changer. Simple, non ?

Son éloignement du palais Chigi pourrait donc lui jouer un sale tour dans la délicate affaire Karima el-Mahroug, alias « Ruby », cette jeune Sicilienne originaire du Maroc qu’il est accusé d’avoir incitée à la prostitution à l’époque pas si lointaine où elle était mineure. Il lui aurait en outre permis d’échapper aux investigations de la police après un menu larcin en la présentant comme « la nièce de Moubarak » – oui, oui, l’ancien président égyptien -, ce qui constituerait un abus de pouvoir caractérisé.

Berlusconi nie effrontément. Les soirées « bunga bunga » qu’il est soupçonné d’avoir organisées dans sa propriété d’Arcore, près de Milan ? Il ne conteste pas la présence en ces lieux de jeunes femmes peu vêtues, certaines déguisées en infirmières, d’autres en accortes footballeuses (elles ne portaient sur elles qu’un masque de Ronaldinho, l’ex-star du Milan AC, le club berlusconien). Mais il soutient avec aplomb qu’elles s’exerçaient en vue de « spectacles comiques », dans une ambiance « sereine, sympathique et entraînante ». Tout cela pourrait très mal finir.

"Je n’abandonnerai pas mon parti"

D’autant que Sua Emittenza n’ignore rien des derniers sondages. Il sait que si, en avril 2013, la liste du Peuple de la liberté (PDL), la formation qu’il a créée en mars 2009, est conduite par Angelino Alfano (41 ans), son nouveau chef (et ancien ministre de la Justice), le flop est assuré : autour de 12 % des voix. Et que la seule façon de limiter la casse (28 %) est que lui-même en prenne la tête. Alors, il se prépare à son ultime (?) combat, trottine sur les pentes du mont Janicule, à Rome (il aurait déjà perdu 4 kg), participe à un forum économique à Milan, renonce à ses traditionnelles vacances dans la somptueuse villa sarde où il a coutume de recevoir Vladimir Poutine, Tony Blair et des cohortes de peu farouches naïades, et s’enferme à Arcore avec son staff pour peaufiner sa stratégie. « Tout ce que je peux dire, confie-t-il à Bild, le quotidien allemand à grand tirage, c’est que je n’abandonnerai pas mon parti. » Celui-ci pourrait ainsi changer d’équipe dirigeante, de logo et même de nom.

Mais il ne suffira certes pas à Berlusconi de participer au scrutin pour être assuré de l’emporter. Depuis son départ, Mario Monti (69 ans), son successeur désigné par le président Giorgio Napolitano, est parvenu, à la tête d’une équipe de technocrates, à restaurer, au moins en partie, la crédibilité internationale de l’Italie. Ancien commissaire européen et conseiller chez Goldman Sachs, Monti rassure et séduit Bruxelles et les marchés. Mais la politique de rigueur qu’il est contraint de mettre en oeuvre suscite des résistances dans l’opinion et des dissensions dans la majorité parlementaire qui le soutient. Elle fait aussi le lit des démagogues, fussent-ils sympathiques. Cinque Stelle (« Cinq Étoiles »), le parti lancé par l’humoriste Beppe Grillo, le « Coluche italien », s’est ainsi taillé un succès aussi spectaculaire qu’inattendu lors des élections locales du mois de mai. Berlusconi parviendra-t-il à mordre dans cet électorat par nature volatile ? Ce sera sans doute l’une des clés de la consultation.

Monti a quant à lui fait savoir qu’il ne serait pas candidat à sa succession. On lui prête l’intention de briguer la présidence de la République, à laquelle Napolitano renoncera l’an prochain. Qu’un parti réussisse à s’imposer comme son héritier et le sort de Berlusconi serait sans doute scellé. Dans le cas contraire, tout deviendrait possible. Même le pire.

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