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France – Nouvelle Calédonie : un passé au goût de formol

Détail de la couverture de la BD adaptée de Didier Daeninckx. © DR

La France aura mis plus de cent trente ans pour restituer aux Kanaks la tête du chef de la révolte de 1878 contre les forces coloniales.

Le romancier français Didier Daeninckx s’est fait une spécialité d’aller fouiller dans les replis de la mémoire de la France coloniale. Si Meurtres pour mémoire revenait sur le massacre des Algériens à Paris le 17 octobre 1961, Le Retour d’Ataï, paru en 2002, traite d’une révolte plus ancienne, celle du chef kanak Ataï, en Nouvelle-Calédonie, en 1878. Ce livre vient d’être adapté avec sensibilité en bande dessinée par Emmanuel Reuzé, qui a fait le choix judicieux d’une ligne claire et d’une palette de couleurs réduite. Au coeur de l’album, l’une des plus fameuses citations d’Ataï. Quand le gouverneur français lui conseille de construire des barrières pour protéger ses ignames du bétail des colons, il répond : « Je construirai des barrières quand mes ignames iront manger ton bétail. »

Bien entendu, l’histoire ne finit pas bien : chef de la rébellion, Ataï fut tué par un supplétif kanak engagé avec l’armée française. Pis, sa tête, conservée dans du formol, fut emportée en métropole, où sa trace se perdit… pour un temps ! Didier Daeninckx l’a d’abord retrouvée de manière romanesque – c’est la version retenue dans la bande dessinée. Mais en 2011, alors que l’écrivain participe à la restitution à la Nouvelle-Zélande de la tête maorie conservée au Muséum d’histoire naturelle de Rouen, il entend de la bouche d’un jeune anthropologue que la tête d’Ataï est en réalité conservée dans les bâtiments provisoires du musée de l’Homme, à Paris. Cette fois, c’est la bonne, et Daeninckx peut enfin écrire : « Bientôt, Ataï reprendra sa route vers la Kanaky… » 

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