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Pérou : quand les lendemains déchantent

Le président péruvien lors de la conférence onusienne Rio 20, le 20 juin. © Sipa

Pendant sa campagne électorale, Ollanta Humala avait fait miroiter une « grande transformation sociale ». Un an après, les conflits se multiplient et la popularité du président péruvien s'effondre.

Candidat de gauche à la présidence du Pérou, Ollanta Humala (50 ans) avait fait trembler les classes privilégiées et les marchés en promettant de redistribuer les richesses du pays. Un peu plus de un an plus tard, il faut se rendre à l’évidence : il fait exactement le contraire. Premier président de gauche depuis trente-six ans, cet ancien colonel de l’armée péruvienne mène une politique libérale de droite qui, certes, rassure les électeurs de sa rivale, Keiko Fujimori, mais lui a fait perdre la confiance des siens. Du coup, sa cote de popularité plonge : 59 % il y a cinq mois, 36 % aujourd’hui.

Certains mettent en cause son inexpérience, d’autres l’influence parfois maladroite de sa femme, Nadine Heredia. Mais la majorité des Péruviens s’étonne surtout de sa faiblesse. Face à la contestation sociale, il ne cesse de changer de gouvernement. Il en est déjà à son troisième Premier ministre !

Violents affrontements

On a aussi recensé plus de 250 conflits entre populations locales et compagnies étrangères concernant l’exploitation des ressources naturelles. Ils ont déjà fait 17 morts et plus de 2 000 blessés cette année. Le plus emblématique est celui de la mine d’or et de cuivre de Conga, la plus importante du pays, dans la région de Cajamarca (Nord), qui est depuis huit mois le théâtre de violents affrontements. L’exploitation de cette mine menace les réserves d’eau de la région – trois lacs d’altitude -, que le président avait pourtant promis de protéger. En décembre 2011, la validation par le gouvernement d’un investissement de 4,8 milliards de dollars (3,7 milliards d’euros) de la compagnie américaine Newmont a mis le feu aux poudres et provoqué la démission de Salomón Lerner, le chef du gouvernement. Oscar Valdés, son successeur, est tombé à son tour à la mi-juillet, à la suite de la violente répression qu’il avait ordonnée : cinq morts et trois provinces en état d’urgence. Plusieurs ministres de gauche ont quitté le gouvernement de coalition pour soutenir la révolte des autochtones.

Pas un magicien

Dépassé par les événements, Humala en appelle à présent aux autorités religieuses pour tenter de renouer le dialogue avec les contestataires et a nommé Juan Jiménez, son ministre de la Justice, connu pour son engagement en faveur des droits de l’homme, à la tête du gouvernement. Le 28 juillet, dans son discours à la nation, le président a proposé d’inscrire le « droit à l’eau potable » dans la Constitution afin d’interdire aux compagnies étrangères de polluer les réserves du pays. Il a aussi relancé plusieurs de ses thèmes de campagne afin d’esquisser les grandes lignes de sa politique au cours des douze prochains mois : santé, éducation, lutte contre la corruption, la drogue et le terrorisme… Il était temps : 72 % de ses compatriotes estiment qu’il n’a pas tenu ses promesses. Surtout, les classes populaires lui reprochent de ne pas avoir engagé la « grande transformation sociale » qu’il avait fait miroiter. Le président a bien créé une pension de retraite minimale, un système de bourses pour les étudiants, et augmenté le budget des programmes destinés aux familles les plus démunies, mais 28 % de la population continue de vivre en dessous du seuil de pauvreté. Humala s’est engagé à ramener ce chiffre à 15 % d’ici à la fin de son mandat, en 2016. Mais « je ne suis pas un magicien », prévient-il. On avait compris.

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