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JO 2012 : Habiba et ses soeurs

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Elle est tunisienne, jeune (28 ans), belle, et elle court comme le vent. Habiba Ghribi a, le 6 août, remporté la médaille d’argent du 3 000 m steeple aux Jeux olympiques de Londres, la première glanée par une femme dans l’histoire du pays. La performance de la native de Kairouan, sociétaire du club d’athlétisme de Franconville, dans la banlieue parisienne, conjuguée à sa plastique avantageuse que ne masque guère sa tenue succincte de reine du tartan, a pourtant suscité la polémique dans la Tunisie nouvelle.

Barbus et « sympathisants » islamistes, que la tolérance n’étouffe manifestement pas, déversent leur fiel, mais aussi leurs menaces, sur les réseaux sociaux. À les en croire, la place de Habiba n’est pas dans un stade, aux côtés d’une multitude d’hommes, mais dans une cuisine. Assimilée à un « bikini », la tenue qu’elle porte pour courir est pour eux une provocation insupportable. Et un sacrilège. Triste perception, qui rappelle les attaques des partisans du Front islamique du Salut (FIS) algérien contre Hassiba Boulmerka, la championne du début des années 1990. Vingt ans plus tard, certains en sont donc toujours au même point.

Le contexte de la victoire de Ghribi, qui n’a été accueillie à son retour à Tunis qu’en catimini, par le ministre des Sports et celle de la… Femme et de la Famille, n’est d’ailleurs pas anodin. Le 13 août, la Tunisie fêtera le cinquante-sixième anniversaire de l’adoption du code du statut personnel (CSP), alors qu’un projet d’article de la future Constitution – précisément l’article 27 – envisage de soumettre « la protection des droits des femmes et de leurs acquis » au « principe de complémentarité avec l’homme au sein de la famille ». Traduction : sans homme ou sans foyer familial, les femmes ne sont rien. Et avec, pas grand-chose. De simples « compléments », et, en aucun cas, des égales.

Les rédacteurs du projet ont dû oublier dans quel pays ils vivent. Les femmes tunisiennes, qui, rassurez-vous, cuisinent merveilleusement bien et savent tenir une maison, ont souvent été les premières dans bien d’autres domaines : première femme arabe médecin (en 1936), ministre (en 1983), commandant de bord (début des années 1980), militantes des droits de l’homme, etc. Or depuis la révolution – situation ô combien paradoxale -, Habiba et ses soeurs, guère soutenues, hélas, par les hommes, doivent se battre bec et ongles pour préserver leurs acquis. Habib Bourguiba, l’instigateur du CSP, doit se retourner dans sa tombe. 

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