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Angola – présidentielle : Abel Chivukuvuku, la troisième voie ?

Écrit par Estelle Maussion, à Luanda

Casa a ouvert des bureaux dans les 18 provinces de l'Angola. © CASA-CE

À la fin du mois d'août, les élections générales opposeront la formation du président dos Santos, le MPLA, à l'Unita. Mais un outsider, Abel Chivukuvuku, pourrait perturber (un peu) le jeu des partis historiques.

Ses portraits ont été les premiers à faire leur apparition dans les rues de Luanda, bien avant le début de la campagne officielle le 31 juillet. Il a également inauguré une nouvelle pratique politique, en marchant dans les quartiers populaires de la capitale à la rencontre des habitants. À 54 ans, Abel Chivukuvuku, le fondateur du nouveau parti d’opposition Casa, crée la surprise dans un monde politique angolais dominé par l’opposition entre les deux ennemis de la guerre d’indépendance, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) et l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita).

Tout a commencé en mars dernier avec une annonce fracassante. Après trente-huit ans de bons et loyaux services au sein de l’Unita, cet originaire de la province de Huambo, un fief du parti, quitte le navire. Il lance sa propre coalition qui rassemble quatre petites formations, des anciens de l’Unita et du MPLA, et des figures de la société civile comme le directeur du journal satirique Folha 8, William Tonet.

Casa tient un discours innovant en mettant dos à dos le président José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis bientôt trente-trois ans, et l’Unita, un parti incapable de se moderniser.

Casa (Large Coalition pour le salut de l’Angola) tient un discours innovant en mettant dos à dos le président José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis bientôt trente-trois ans, et l’Unita, un parti incapable de se moderniser. Dans ce contexte, cette formation se pose comme la seule force politique capable de réaliser l’alternance. Une position qui pourrait faire mouche, notamment auprès de la jeunesse.

Mais la grande force de Casa, c’est son chef. Ancien « ministre des affaires étrangères » de Jonas Savimbi et ex-président du groupe parlementaire de l’Unita, Abel Chivukuvuku est expérimenté. Orateur charismatique, parlant plusieurs langues, il est capable de haranguer les foules. Sa maîtrise des rouages du pouvoir et ses excellentes relations avec les États-Unis en font une personnalité respectée dans le pays comme à l’étranger. Dernier atout, il a convaincu l’amiral André Mendes de Carvalho, une figure militaire, de le rejoindre comme numéro deux sur la liste des candidats à la députation.

"Deuxième force"

« À l’issue du scrutin du 31 août, nous serons la deuxième force, au minimum », promet le très ambitieux et optimiste Abel Chivukuvuku, qui vise 30 % des suffrages. À la suite du dernier scrutin de 2008, le MPLA occupe 191 des 220 sièges de l’Assemblée nationale après avoir raflé plus de 80 % des voix contre 10 %, soit seulement 16 sièges pour l’Unita. Les observateurs indépendants lui prédisent plutôt un score entre 10 % et 20 %.

Mais au-delà, l’enjeu est surtout de savoir si Casa est en mesure de prendre la place de l’Unita, qui reconnaît l’émergence de cette troisième voie. « Abel a toujours voulu être président, de l’Unita, du pays, nous lui souhaitons bonne chance », glisse un ancien camarade qui pointe la jeunesse de Casa et son manque d’assise militante. Le parti a certes réussi à ouvrir des bureaux dans les 18 provinces du pays, mais que deviendront-ils une fois les élections passées et les leaders entrés à l’Assemblée nationale ?

Car Casa – qui vit grâce aux cotisations et aux dons de ses militants – est confronté au manque de financements face à un MPLA surpuissant. Abel Chivukuvuku explique d’ailleurs que c’est la raison pour laquelle il a attendu le dernier moment pour lancer son parti, gardant ainsi les fonds disponibles pour la campagne officielle du mois d’août. Et d’assurer : « Nous sommes jeunes face à des partis âgés de plus de 50 ans, mais nous allons surprendre le pays. »

Reste que le duel classique MPLA-Unita est en marche. Les deux partis ont organisé le même jour et dans le même quartier de Luanda un meeting pour le lancement officiel de la campagne. Et la bataille pourrait être plus accrochée que par le passé. Le MPLA est sûr de sa victoire, mais il est de plus en plus contesté. L’Unita se montre très offensive et assure qu’elle est toujours capable de mobiliser les foules. 

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Estelle Maussion, à Luanda

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