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Trois destins

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Cette semaine dans votre hebdomadaire, trois hommes, trois destins hors du commun. Et les réflexions qu’ils inspirent. Mélès Zenawi, d’abord. Après vingt et un ans d’un pouvoir sans partage, autoritaire mais plus ou moins « éclairé », le Premier ministre éthiopien est mort le 20 août des suites d’un mal mystérieux – on parle d’une leucémie. Comme souvent sur le continent, sa maladie a été dissimulée par les autorités à grand renfort de communiqués lénifiants : « Le Premier ministre suit des examens médicaux », il « va très bien, se repose et sera de retour très vite », etc. Et comme toujours, ou presque, se pose cette angoissante question : après lui, le déluge ? Chez nous, plus le chef est omnipotent, installé depuis longtemps et mal en point, moins on en sait sur ce qu’il adviendra le jour où il disparaîtra. Zenawi laisse derrière lui une puissante machine que personne ne semble savoir piloter. Peut-être une bonne nouvelle : le signe que le pouvoir devra, cette fois, être partagé…

Lakhdar Brahimi, ensuite. C’est l’un des plus fins connaisseurs du monde arabe et musulman (entre autres) que j’aie eu la chance de rencontrer, diplomate dans l’âme et brillant cerveau. Un homme simple, travailleur, ouvert et lucide, qui, pour la énième (et peut-être ultime) fois, vole au secours d’une improbable paix, en Syrie cette fois-ci. Mission impossible ? Peut-être, mais il est assurément mieux préparé que Kofi Annan, son prédécesseur, pour le job. Ses armes ? Une expérience inégalée en matière de médiations, une connaissance exceptionnelle des principaux leaders impliqués – arabes, américains, russes, britanniques, turcs ou français – et le respect que tous lui portent. Enfin, et ce sera peut-être décisif, il n’est pas exclu que le contexte soit en train de changer. Les protagonistes du conflit commencent à comprendre qu’une victoire nette et sans bavure de l’un ou l’autre camp est de plus en plus improbable. Et qu’une guerre prolongée ne ferait que détruire le pays sans servir les intérêts de quiconque. Bon courage, en tout cas, Si Lakhdar.

Hissène Habré, enfin. Abdoulaye Wade n’étant plus là pour multiplier les manoeuvres dilatoires, l’ex-dictateur tchadien réfugié au Sénégal depuis plus de deux décennies va sans doute devoir quitter l’interminable feuilleton judiciaire – « Crimes sans châtiment » – dont il jouait jusqu’ici le premier rôle. Le Sénégal de Macky Sall, qui se révèle décidément comme un homme de parole, a, le 22 août, conclu un accord avec l’Union africaine pour que Habré soit prochainement jugé à Dakar par un tribunal spécial composé de magistrats africains. Rien n’est encore acquis, mais au moins est-on sorti de l’impasse. Dans ce dossier si complexe de la lutte contre l’impunité, c’est déjà une immense victoire. 

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