Politique

Éthiopie : Hailemariam Desalegn, sur la pointe des pieds

Hailemariam Desalegn, à Addis-Abeba, le 24 août 2012. © Sipa

Qui succédera à l'ex-Premier ministre éthiopien Mélès Zenawi ? Le vice-Premier ministre n'a pas vraiment le profil, mais son absence de charisme et son appartenance à une ethnie minoritaire pourraient plaider - temporairement - en sa faveur.

Comme tous les dirigeants soucieux d’afficher leur modernité, Hailemariam Desalegn a décidé, l’an dernier, de s’inscrire sur le réseau social Twitter. Une manière, aussi, de faire honneur à ses nouvelles fonctions : en septembre 2010, Mélès Zenawi l’avait nommé vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères. A-t-il ensuite croulé sous le poids des dossiers que lui laissait un Premier ministre sans doute déjà aux prises avec la maladie ? A-t-il voulu éviter de paraître tirer la couverture à lui ? Toujours est-il qu’il n’a envoyé que quatre messages. Tous, d’une manière ou d’une autre, dédiés à son mentor… « Même de son lit de mort, Mélès appelait régulièrement Hailemariam pour lui donner ses instructions, assure un observateur. Personne n’a exercé le pouvoir à sa place tant qu’il était en vie. »

C’est dire si Hailemariam Desalegn, décrit comme intelligent mais lisse et effacé, doit se sentir soudain très seul dans l’épreuve. D’autant que l’Éthiopie n’est guère habitué aux transitions en douceur. Si le régime résiste, il sera le premier à survivre à la chute de son leader depuis l’accession de Haïlé Sélassié Ier au trône, en 1930.

Ce scénario inédit semble pourtant se dessiner. Hailemariam « sera Premier ministre jusqu’en 2015 [date des prochaines élections générales, NDLR] », a assuré le 22 août Bereket Simon, le porte-parole du gouvernement. La Constitution est moins catégorique. Certes, son article 75 stipule que le vice-Premier ministre « agit au nom du Premier ministre en son absence », mais aussi qu’il « reste responsable » devant ce dernier. On est loin d’un mécanisme de succession.

Protestant du Welayta du Sud

Bien que se sachant condamné, Mélès Zenawi, qui avait choisi Hailemariam pour assurer un simple intérim, n’a pas donné publiquement d’autres indices sur ses dernières volontés. Peut-être l’a-t-il fait dans le huis clos d’une réunion des dirigeants du Front de libération du peuple du Tigré (FLPT), l’ancienne rébellion originaire du nord du pays, véritable coeur du pouvoir depuis 1991. Dans ce cercle restreint, on trouve plusieurs de ses proches, comme sa veuve, Azeb Mesfin, au caractère trempé par l’expérience de la guérilla, riche mais impopulaire ; Tedros Adhanom, le ministre de la Santé ; Berhane Gebre-Christos, un fin diplomate, et Seyoum Mesfin, son ministre des Affaires étrangères pendant dix-neuf ans. Siye Abraha, membre éminent du mouvement avant d’être emprisonné entre 2002 et 2007 puis de se rapprocher de l’opposition en exil aux États-Unis, pourrait lui aussi tenter de revenir dans le jeu.

Hailemariam Desalegn n’a rien en commun avec ces personnalités. Son âge, relativement jeune (47 ans), son parcours (ingénieur, il n’a aucune expérience militaire), sa religion (protestante) et surtout sa région d’origine (c’est un Welayta du Sud) : tout le différencie de l’élite tigréenne. À Addis, où on le considère volontiers comme un alibi destiné à contrer les accusations de domination ethnique, personne n’imagine qu’il puisse s’imposer.

Mais son profil atypique est paradoxalement un atout dans ce pays où les tensions régionales restent vives. Ni les Amharas (l’ethnie des derniers empereurs) ni les Oromos (historiquement opprimés, mais majoritaires) ne voient en lui une véritable menace. Et puis sa désignation permettrait d’éviter de trancher entre les chefs du FLPT. Leurs rivalités pourraient toutefois ressurgir une fois le deuil passé, par exemple à l’occasion d’un prochain congrès du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE, la coalition dominée par le FLPT). Certains sites internet l’annoncent pour janvier 2013. Prudent, Bereket Simon a précisé que la date n’était pas encore fixée. 

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