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Pakistan – États-Unis : l’oubli des offenses

Le lieutenant général Zaheer ul-Islam, le 19 mars à Islamabad. © Reuters

Depuis l'exécution de Ben Laden à Abbottabad, les relations entre les deux pays sont exécrables. Mais à Islamabad, en mars, un proaméricain présumé a pris la tête du renseignement militaire. Le début d'une embellie ?

«He’s cool as a cucumber » (« il est froid comme un concombre »), disent de lui ses subordonnés. De fait, le lieutenant général Zaheer ul-Islam (56 ans), nouveau patron de l’Inter-Services Intelligence (ISI), la toute-puissante agence de renseignement militaire pakistanaise, affiche un flegme à toute épreuve. Tout le contraire, en somme, du lieutenant général Ahmed Shuja Pasha, son prédécesseur récemment limogé, dont le manque de sang-froid, à en croire la presse locale, serait directement à l’origine des difficultés rencontrées par l’ISI depuis plusieurs années. Et notamment de la crise majeure ouverte avec la CIA, l’ex-allié le plus proche des services pakistanais.

Dans cette affaire, la traque et l’élimination, en mai 2011, d’Oussama Ben Laden ont évidemment joué un rôle central, Pasha ayant vécu cette opération des forces spéciales américaines en territoire pakistanais comme une humiliation. Aux dires de ses collaborateurs, il a passé les mois qui ont suivi à échanger par téléphone des noms d’oiseaux avec son alter ego américain !

Nommé en mars à la tête de l’ISI, le général Islam sait faire profil bas quand il le faut. La presse pakistanaise le présente comme un professionnel compétent et discret, qui, depuis 1977, a occupé divers postes de premier plan – il a notamment commandé le 5e corps d’armée (Karachi). Proche du chef d’état-major, le général Ashfaq Parvez Kayani, il pourrait être appelé à le remplacer lorsque celui-ci partira à la retraite, fin 2013. En tant que chef de l’ISI, Islam est déjà membre (avec le président de la République et le chef d’état-major de l’armée) du trium­virat qui, de facto, gouverne le pays. Il connaît bien les États-Unis, où il a fait une partie de ses études. Sa nomination traduit-elle la volonté du régime pakistanais d’améliorer ses relations, aujourd’hui exécrables, avec l’Amérique ?

Blocus levé

La visite d’Islam à Washington, début août – la première d’un patron de l’ISI depuis un an – incite à le penser. Elle est survenue trois semaines après la levée du blocus imposé par Islamabad aux convois d’approvisionnement des troupes de l’Otan en Afghanistan. La CIA, qui elle aussi a un nouveau directeur en la personne de David Petraeus (depuis septembre 2011), est manifestement désireuse de réactiver ses relations avec l’ISI dans la perspective du retrait des troupes occidentales d’Afghanistan, en 2014.

Lors de leurs rencontres avec les responsables de la CIA, les Pakistanais ont évoqué la nécessité de mettre fin aux tirs de drones américains dans les zones tribales frontalières de l’Afghanistan. Petraeus se serait révélé plus sensible que son prédécesseur au coût politique de ces sanglantes attaques. Un partage des rôles entre militaires américains et pakistanais serait à l’étude. Les premiers ont regretté le « double jeu » de leurs « amis » avec les groupes djihadistes et réclamé une nouvelle intervention militaire pakistanaise dans les zones tribales où les islamistes armés ont coutume de se replier après avoir frappé les troupes de l’Otan de l’autre côté de la frontière. Islam aurait promis une opération militaire d’envergure. Kayani aurait récemment fait de même. Problème : les Pakistanais n’ont pas la réputation de tenir leurs promesses en toutes circonstances. Quoi qu’il en soit, l’administration Obama aurait bien tort de ne pas saisir l’occasion que constitue l’arrivée à la tête de l’ISI d’un général généralement considéré comme « proaméricain ».

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