Fermer

Allemagne : immigrés haut de gamme

Écrit par Gwénaëlle Deboutte, à Berlin

L'Allemagne a lancé une campagne intitulée "Make it in Germany". © Capture d'écran

En plein déclin démographique, le pays d'Angela Merkel est en quête de main-d'oeuvre très qualifiée. Or en Espagne, en Italie ou en Grèce, la crise prive les jeunes diplômés de toute perspective...

Alessandro, 23 ans, a laissé derrière lui sa Toscane natale et rêve de repartir de zéro en Allemagne. Au bout de quelques mois à Berlin, cet ingénieur lumière a trouvé un job dans une salle de spectacle et estime avoir eu de la chance. Avec un taux de chômage à près de 7 %, l’Allemagne est encore épargnée par la crise. Venus d’Italie, d’Espagne ou de Grèce, ils sont donc de plus en plus nombreux à y tenter l’aventure. Comme le firent leurs aînés il y a cinquante ans. Destatis, l’institut allemand de la statistique, note en 2011 « une augmentation significative de l’immigration venue des pays de l’Union européenne touchés par la crise financière » : + 90 % par rapport à 2010 pour les Grecs (soit 11 000 personnes), + 52 % pour les Espagnols (7 000)… Et tout indique que la tendance va s’accentuer en 2012.

Make it in germany

L’Allemagne, qui souffre d’un déficit démographique préjudiciable à sa compétitivité, se réjouit de cet afflux. Début juillet, la ministre du Travail a lancé une opération baptisée Make It in Germany, visant à faciliter l’insertion des nouveaux immigrés : reconnaissance des diplômes étrangers, abaissement du seuil de revenu annuel obligatoire, conseils pour l’installation… Mais seuls les praticiens très qualifiés – médecins, ingénieurs, informaticiens, etc. – sont les bienvenus.

Dans certains Länder industrialisés (Bavière, Bade-Wurtemberg) où le taux de chômage ne dépasse pas 3,5 %, les difficultés de recrutement dans l’industrie automobile ou la construction de machines-outils sont telles que certaines PME n’hésitent plus à prospecter en Espagne. Elles proposent aux jeunes ingénieurs des conditions ultrafavorables : cours intensifs d’allemand et logement à l’arrivée. Hors de ces poches de plein-emploi, la situation est moins reluisante et nombre de jeunes doivent se contenter de minijobs dans la restauration ou la vente payés 400 euros par mois. Quand ils ne sont pas contraints de pointer à l’Arbeitsagentur, le Pôle emploi local.

Et puis, il y a l’écueil de la langue. Au début, on se débrouille avec un peu d’anglais, mais la maîtrise de l’allemand devient vite indispensable. Alessandro l’a bien compris. Depuis cinq mois, il prend quatre heures quotidiennes de cours. Aujourd’hui, il se sent prêt à affronter sa nouvelle vie.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici