Fermer

Société civile sénégalaise : y’en a toujours marre

Laurent Fabius (d) et Fadel Barro (g), à Dakar. © AFP

Symbole de la contestation anti-Wade, le collectif "Y'en a marre" semble moins offensif depuis l'alternance. Il n'a pas pour autant baissé la garde.

Délicate position que celle des membres du mouvement Y’en a marre. Né en janvier 2011 à la suite d’une énième coupure d’électricité dans la banlieue de Dakar, le collectif s’est positionné en quelques mois à l’avant-garde de la contestation anti-Wade grâce à quelques coups d’éclat, à des leaders charismatiques – dont certains ont goûté aux geôles et aux interrogatoires – et, surtout, à un discours radical appelant à une nouvelle forme de citoyenneté.

Depuis l’éviction d’Abdoulaye Wade de la présidence, le mot d’ordre du collectif, la fabrique d’un NTS (« nouveau type de Sénégalais »), est repris à toutes les sauces, y compris par le chef de l’État. Et les têtes d’affiche de Y’en a marre, parmi lesquelles son porte-parole, le journaliste Cheikh Fadel Barro, adulées par les milliers de jeunes Sénégalais qui ont rejoint le mouvement, sont devenues des stars courtisées par les hommes politiques – même Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, leur a rendu visite fin juillet, dès son arrivée à Dakar.

Après la présidentielle et la nomination du gouvernement, ils auraient pu s’arrêter là. Soupçonnés par leurs détracteurs au mieux de s’être embourgeoisés, au pire de s’être fait acheter, les « y’en-a-marristes » continuent pourtant le combat avec la même énergie. Il est vrai que, depuis la défaite de Wade, ils sont plus discrets dans les médias, que Barro s’est marié mi-juillet, à Paris, avec la fille du coach français Claude Le Roy, l’ancien sélectionneur des Lions indomptables, bien connu des amateurs de football en Afrique.

Indépendance

Pourtant, avant les législatives, les membres du collectif ont battu campagne contre l’abstention dans de nombreuses circonscriptions. Des actions certes moins spectaculaires et médiatisées que les sit-in, coups de gueule et raps indignés. « On nous a proposé des postes, Macky Sall nous a demandé de travailler avec lui, révèle Barro, mais nous avons refusé. Nous voulons garder notre indépendance. »

Le 27 août, en tout cas, ils étaient tous là, au QG de Y’en a marre, dans le quartier des Parcelles-Assainies à Dakar – le même depuis le début : un petit appartement surchauffé ­-, pour réfléchir à un plan d’action afin de lutter contre les inondations, fléau récurrent qui, cette année encore, a ravagé plusieurs régions du pays.

Le discours est peut-être moins radical mais, dans le fond, il n’a pas varié. Il s’agit de « faire comprendre aux Sénégalais qu’eux seuls pourront changer les choses » et « qu’il ne faut rien attendre des politiques ». Sall ? Il est certes « plus ouvert que Wade », mais « ce n’est pas le messie », estime Barro. Si le mouvement a laissé au chef de l’État et à son équipe le temps de s’installer, il veille, prêt à s’indigner quand il le faudra, notamment si les promesses de campagne, comme la création de 500 000 emplois pour les jeunes ou la couverture médicale, n’étaient pas suivies d’effet. Et le journaliste de 36 ans originaire de Kaolack, qui a mis sa carrière en stand-by depuis un an et demi, de rappeler que « la situation sociale est extrêmement tendue » et que « ça peut exploser à tout moment ». 

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici