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Mouhamadou Mbodj : « Pas d’avenir sans contrôle efficace »

Écrit par Propos recueillis à Dakar par Nicolas Ly

Mouhamadou Mbodj est coordonnateur du Forum civil (section sénégalaise de Transparency International).

Jeune Afrique : Que pensez-vous des audits lancés par le nouvel exécutif ?

Mouhamadou Mbodj : Jusqu’à présent, Macky Sall n’a fait que reprendre les audits qu’Abdoulaye Wade avait commandités et lever les verrous qui empêchaient ces derniers d’être adressés à la justice. C’est déjà ça. En douze ans, l’ex-président Wade a lancé des projets d’infra­structures scolaires, routières, sanitaires…, qui s’avèrent inachevés. Quelle est la responsabilité de Wade à cet égard ? Quelle est celle des intermédiaires – ministères, agences, etc. ? Il est important de répondre à ces questions.

Dans leur écrasante majorité, les Sénégalais ont décrié la gestion des affaires publiques, et le pays se retrouve confiné parmi les États « fortement corrompus » dans le classement du degré de perception de la corruption établi par Transparency International en décembre 2011 : il occupe le 112e rang [ex æquo avec l’Algérie et l’Égypte, NDLR] sur 183 pays classés, avec un score médiocre de 2,9 sur 10.

Le pays se retrouve confiné parmi les États "fortement corrompus" dans le classement 2011.

Quels sont les enjeux d’une bonne gestion des ressources publiques ?

Il n’y a pas d’avenir pour le Sénégal si l’on ne parvient pas à un contrôle optimal et efficace de l’utilisation de ces ressources. Deux études intéressantes ont été publiées sur la question par des professeurs agrégés d’économie de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, Abdoulaye Seck et François Cabral. Seck démontre que, lorsque la corruption se généralise, la baisse de 1 point dans l’indice de sa perception équivaut à 384 milliards de F CFA [585,4 millions d’euros] perdus dans des transactions douteuses, ce qui obère donc l’efficacité économique du pays. L’étude de Cabral prouve quant à elle que, chaque fois que 10 % de l’investissement public sont détournés, l’indice de bien-être fléchit et celui de la pauvreté s’accroît, jusqu’à créer, en absolu, 62 000 nouveaux pauvres chaque année.

Y a-t-il des mécanismes prioritaires à mettre en place pour prévenir les dérives ?

Il faut renforcer le dispositif institutionnel, les procédures et le système de contrôle pour lutter contre la corruption. Mais aussi le contrôle par les citoyens. L’État doit notamment ouvrir les comptes publics pour leur permettre d’accéder aux informations financières. 

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Propos recueillis à Dakar par Nicolas Ly

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