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Mauvaise foi

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Amalgames et raccourcis font florès : en Occident, l’islam est de plus en plus perçu comme une religion de fanatiques. Tout est bon pour alimenter la machine à clichés : la vision distordue de la deuxième phase du Printemps arabe, qui a conduit au pouvoir – en Tunisie, en Égypte ou au Maroc – des partis islamistes dont le discours suscite parfois l’inquiétude ; les crises libyenne, syrienne ou malienne, qui charrient leur lot de fous d’Allah kalachnikov au poing et charia aux lèvres ; les réactions antiaméricaines violentes en Libye, en Tunisie ou au Pakistan après la diffusion sur internet d’un navet anti-Prophète qui aurait dû rejoindre, comme tant d’autres « oeuvres » du même acabit, les poubelles de la Toile ; les réactions, aussi, aux caricatures de (très) mauvais goût d’un journal satirique français soucieux de réaliser un énorme coup de com’ dans un contexte tendu ; et même un documentaire réalisé par une jeune Belge pour dénoncer la misogynie et le harcèlement dont sont victimes les jeunes femmes dans les quartiers populaires de Bruxelles et qui fait apparaître que la plupart des auteurs de ces comportements odieux sont issus de l’immigration africaine et/ou sont musulmans. Intégristes et musulmans, c’est souvent, pour beaucoup, bonnet blanc et blanc bonnet.

Cultures et points de vue antagonistes s’affrontent entre un Occident largement laïcisé et un monde musulman où la religion demeure l’une des rares valeurs communes, voire refuges. Aucun des deux camps ne fait un pas vers l’autre, chacun se calfeutrant dans ses certitudes. Les extrémistes de tous bords en profitent pour souffler sur les braises, bien aidés par des médias qui ne s’intéressent la plupart du temps qu’aux événements qui choquent, provoquent la peur et le repli. Rien, pas une ligne, sur tous ces anonymes – et ils sont nombreux – qui oeuvrent à la paix, au rapprochement, à la compréhension mutuelle ou à la tolérance.

Les musulmans ont bien évidemment leur part de responsabilité. La majorité d’entre eux, qui pourtant rejette les fanatiques, demeure silencieuse. Leurs autorités morales, pas seulement religieuses, sont aux abonnés absents. Leurs nouveaux dirigeants, hérauts prétendus d’un islam politique modéré, rechignent à dénoncer l’intolérable, à faire respecter l’ordre et la loi quand des salafistes, forts d’un sentiment d’impunité, se comportent comme des criminels et se plaisent à jeter de l’huile sur le feu, créant ainsi un environnement chaotique, terreau de leur puissance. Quant aux élites, fragilisées et déresponsabilisées par les précédents systèmes dictatoriaux, elles ne pèsent guère dans un débat prisonnier, hélas, d’une vision manichéenne du monde. Malgré les prismes déformants qu’aime à utiliser l’Occident pour brouiller l’image de l’islam – que ce soit par calcul politique, par paresse ou par méconnaissance -, il est grand temps que la majorité silencieuse musulmane fasse sa part d’un travail désormais urgent. Avant qu’il ne soit trop tard…

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