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Indonésie : un chrétien à Jakarta

Basuki Tjahaja "Ahok" Purnama : une réputation d'incorruptible. © DR

En dépit des exhortations des responsables religieux, un non-musulman d'origine chinoise a été élu vice-gouverneur de la capitale, fief de l'islam conservateur.

« À Jakarta, nous sommes pragmatiques, peu importe que notre nouveau vice-gouverneur soit chrétien, et non musulman ! Ce qui compte, explique Partimin, dont la famille habite la capitale indonésienne depuis six générations, ce sont les résultats ! » Le 20 septembre, le second tour de l’élection du gouverneur opposait l’équipe dirigeante sortante conduite par Fauzi « Foke » Bowo à un duo improbable dans ce bastion de l’islam conservateur : Joko « Jokowi » Widodo, élu en 2010 meilleur maire du pays pour son travail dans la ville provinciale de Solo, et un parlementaire réputé incorruptible, Basuki Tjahaja « Ahok » Purnama, un chrétien d’origine chinoise. Les leaders musulmans ont eu beau exhorter leurs fidèles – 90 % de la population indonésienne – à ne pas voter pour un chrétien, les Jakartanais, excédés par la corruption et l’inefficacité des classes dirigeantes, ont élu le duo d’opposants avec 54 % des suffrages. Mais le plus dur est à venir.

Embouteillages, inondations, pollution, insalubrité… La vie dans la mégapole est un enfer.

Au fil des ans, la vie dans la mégapole javanaise (plus de 10 millions d’habitants) est devenue un enfer : embouteillages monstrueux, inondations, pollution, insalubrité… Sans même parler d’une catastrophe annoncée : à force de puiser dans les nappes phréatiques, Jakarta s’est enfoncé de 25 cm à 70 cm en une quarantaine d’années. Et même de 2 m dans certains quartiers du bord de mer. Mais au-delà, le vote des Jakartanais a valeur d’avertissement à l’échelle nationale.

Réélu triomphalement en 2009 pour un deuxième et dernier mandat, le président Susilo Bambang Yudhoyono a déçu. Si Jokowi réussit son pari, il pourrait bien se retrouver colistier de son principal appui, le très populaire Prabowo Subianto, pour la présidentielle de 2014. Ex-général réputé pour sa brutalité lors de la répression des dissidents dans les années 1990 et honni par les associations de défense des droits de l’homme, ce dernier pourrait en effet profiter de l’insatisfaction générale pour revenir sur le devant de la scène. L’élection de Jokowi pourrait ainsi avoir pour résultat paradoxal de favoriser le retour de l’ancienne élite autoritaire et nationaliste.

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