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Chine : l’usine à champions tourne à plein régime

Écrit par Sébastien Le Belzic, à Pékin

Pongistes en herbe à l'école des athlètes de Pékin. © NG Han Guan/AP/SIPA

Pépinière de sportifs de très haut niveau, l'académie Shichahai accueille six cents jeunes Chinois de 6 à 16 ans. Objectif : les Jeux olympiques de Rio, dans quatre ans.

Dès les premières heures de la matinée, ils sont à l’entraînement. Plusieurs dizaines de joueurs en uniforme bleu marine travaillent inlassablement leur revers. Le plus jeune n’a que 6 ans, le plus âgé 16 ans. On n’entend que les ordres de l’entraîneur et le cliquetis incessant des petites balles orange ou blanches. En Chine, le tennis de table est un sport national. Alors, à l’académie Shichahai, les entraînements sont pris très au sérieux. « Le matin j’étudie et l’après-midi je m’entraîne pendant deux heures et demie, puis encore une heure et demie le soir. Pendant les vacances, je m’entraîne en plus deux heures et demie chaque matin. Je progresse, mais je dois encore travailler », explique Zhu Zheyang, 10 ans. Ce qu’il veut être plus tard ? La réponse claque comme un smash : « Champion du monde ! »

Modèle soviétique

« Le ping-pong est un sport de stratégie, commente Gu Yunfeng, l’un des entraîneurs. Il faut savoir s’adapter à son adversaire. C’est bénéfique à la fois pour le corps et pour l’esprit. » Lors des derniers Jeux olympiques de Londres, la Chine a tout raflé dans cette discipline. Bien sûr, tous ne décrocheront pas une médaille. Les moins valeureux resteront sur le carreau. À Shichahai, seul un élève sur trois passe professionnel. Dans cette usine à champions conçue sur le modèle des camps d’entraînement soviétiques des années 1960, on mange, on dort et on pense sport. À longueur de journée. Les coachs y sont tous d’anciens sportifs de haut niveau.

C’est à ce prix que l’école est devenue une véritable institution. Depuis cinquante-quatre ans, elle forme les plus grands sportifs du pays – et pas seulement des pongistes ! À son palmarès, déjà 7 titres olympiques et 40 titres mondiaux. Tous les sports olympiques sont enseignés, mais l’école propose aussi des entraînements dans des disciplines comme le kung-fu, un proche parent du karaté. « La Chine a fait beaucoup d’efforts pour développer cet art martial et en faire un sport de pointe dans lequel nous serons les meilleurs, lance Sun Wenhong, l’entraîneur. Le kung-fu représente cinq mille ans d’histoire de la Chine. »

Ce qu’il veut être plus tard ? La réponse claque comme un smash : "Champion du monde !"

L’école est gratuite et les enseignements pris en charge par l’État. Mais il faut accepter de travailler dur. Lever à 6 heures et internat obligatoires pour tout le monde. Pyramidal et centralisé, le système sportif chinois impose une impitoyable sélection dès l’école primaire. Au terme d’un vrai parcours du combattant, les meilleurs finissent par intégrer soit l’une des 3 000 écoles de sport que compte le pays, soit l’un des 300 internats d’élite, comme Shichahai. Pour espérer devenir l’un des 23 000 athlètes « agréés par l’État », ou l’un des 60 000 professionnels eux aussi intégralement pris en charge, les apprentis champions doivent se soumettre à une discipline de fer, accepter d’être séparés de leur famille et encaisser de colossales charges de travail.

Jeu égal

« Nous savons que si quelqu’un veut devenir un bon athlète il doit bien sûr avoir un bon niveau technique, mais il doit aussi être capable de bien réfléchir, commente Shi Fenghua, le directeur adjoint de Shichahai. Nous attachons donc beaucoup d’importance à l’enseignement scolaire. Pendant les neuf premières années, nos pensionnaires suivent les mêmes cours que les étudiants normaux. » « Les nouvelles directives officielles nous demandent de nous concentrer davantage sur la formation académique, renchérit Zhang Yang, la directrice. Nous essayons de former des athlètes complets, capables de réussir leur vie même s’ils échouent à mener une carrière sportive de haut niveau. »

Aux Jeux de Séoul, en 1988, la Chine n’avait remporté que 5 médailles d’or. Loin derrière les États-Unis (36). Cette année, à Londres, l’écart s’est beaucoup resserré : 38 contre 46. À Rio, dans quatre ans, elle espère faire au moins jeu égal.

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