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Pakistan : Malala Yousafzai, plus forte que les talibans

Écrit par Haby Niakate

Manifestation de soutien, le 10 octobre, à Lahore, dans le nord-est du pays. © Sipa

Au Pakistan, des talibans ont ouvert le feu sur la toute jeune militante féministe Malala Yousafzai, la laissant pour morte dans un bus scolaire. Un crime qui a provoqué un électrochoc au sein de la population.

C’est l’histoire d’une jeune fille de 14 ans qui a fait peur à de grands gaillards, plus forts, plus « vertueux »… et bien sûr plus nombreux. Si bien qu’ils ont décidé de l’éliminer, purement et simplement. Et comme leur courage n’a d’égal que leur finesse, ils ont choisi en plus d’y mettre la manière.

À Mingora, la plus grande ville de la vallée de Swat, dans le nord du Pakistan, Malala Yousafzai se trouvait, ce 9 octobre, dans le bus scolaire qui la ramenait chez elle. Deux hommes armés sont montés à bord. L’un deux a demandé : « Qui est Malala Yousafzai ? » Après avoir identifié leur cible, ils lui ont tiré une balle en pleine tête et une autre dans l’épaule. L’adolescente est laissée pour morte, tandis que deux de ses camarades sont blessées. Quelques heures après, le Mouvement des talibans du Pakistan revendique l’attaque, affirmant dans un communiqué qu’il « ne croit pas aux attaques envers les femmes, mais [que] quiconque dirige une campagne contre l’islam et la charia doit être tué ».

Symbole

« L’attaque de Malala Yousafzai a choqué un Pakistan "inchoquable" » étant donné « la fréquence des attentats à la bombe et des meurtres ciblés », écrit Samira Shackle, journaliste basée à Karachi. À son annonce, l’attaque a en effet suscité une vague d’émotion dans le pays. Les condamnations ont afflué – de l’étranger aussi, bien sûr – et des rassemblements de soutien ont été organisés. Comme si le nom de cette jeune fille, Yousafzai, qui signifie « éprouvée par le chagrin » en ourdou, avait soudainement pris sens auprès d’une majorité de Pakistanais.

Un symbole, voilà ce qu’est devenue Malala. Le mot est fort, mais pesé. Il est surtout incontournable à l’évocation de son parcours. En 2009, âgée alors de 11 ans, Malala Yousafzai vit déjà à Mingora, région aux mains des talibans depuis deux ans. À son niveau, celui d’une petite fille qui va simplement à l’école, et à sa façon, celle d’une enfant née avec internet, elle décide de dénoncer l’obsession des talibans à interdire l’instruction aux femmes – ils ont détruit plus de 200 écoles pour filles. Sur son blog, « Journal d’une écolière pakistanaise », publié sur la version en ourdou du site de la BBC, elle s’engage dans un combat idéologique contre des ennemis qui ne tardent pas à la menacer.

Miracle

Poussée à l’exil avec sa famille, elle ne rentre chez elle qu’après la défaite des talibans face à l’armée pakistanaise, au milieu de l’année 2009. Dès lors, elle milite pour la cause féminine dans son ensemble. Plateaux télé, rencontres, interventions publiques… La jeune fille se lance dans une véritable campagne. Sa notoriété grandit, traverse les frontières. En 2011, elle reçoit le Prix national pour la paix, décerné par le gouvernement pakistanais. « Je pense que mon peuple a besoin de moi et que je dois élever ma voix. J’ai des droits. J’ai le droit à une éducation, j’ai le droit de m’amuser, de chanter, d’aller au marché. J’ai le droit de m’exprimer », déclare-t-elle dans une interview à la chaîne américaine CNN, fin 2011.

C’est ce qu’elle a fait, avec bravoure, avant d’être sauvagement réduite au silence le 9 octobre. Impossible pour le moment de savoir jusqu’à quand, car l’état de la jeune fille, qui a miraculeusement survécu et a été hospitalisée en Grande-Bretagne, est toujours critique. Les talibans, eux, ont promis de recommencer « si jamais elle survivait ».

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