Fermer

François au Congo

par

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Nicolas Sarkozy avait marqué son premier voyage africain d’un affront doublé d’une faute politique. Le mémorable discours de Dakar, dont la condescendance lui sera à jamais reprochée, valut à son auteur de se mettre à peu près tout le monde à dos sur le continent pour un bénéfice voisin de zéro en matière d’image intérieure. François Hollande, lui, aura ponctué le sien d’un camouflet infligé en public à Joseph Kabila, le 13 octobre à Kinshasa. Ce faisant, il a réjoui pas mal d’opposants africains – à commencer par les Congolais – et satisfait tous ceux qui, en France, l’attendaient au tournant d’un déplacement aussi initiatique que controversé. C’est là toute la différence entre une tournée improvisée et un voyage préparé. Sarkozy avait à peine relu son discours avant de le prononcer. Hollande, lui, a consulté, écouté, reçu avant de s’envoler pour l’équateur. Son extrême froideur et ce que certains ont perçu comme une attitude humiliante à l’égard de son homologue congolais ne relevaient donc ni de la désinvolture ni de ces accès de muflerie tant reprochés à son prédécesseur. Ces gestes-là étaient calculés.

François Hollande est-il allé trop loin ? Oui, répondent en choeur le syndicat des chefs d’État d’Afrique centrale et le Burkinabè Blaise Compaoré, instinctivement solidaires du soldat Kabila et en passe de s’ériger en front du refus sous la houlette des présidents tchadien et équato-guinéen. On objectera que tout est rapport de force et qu’il revient à ces derniers, s’ils ne se sentent pas respectés, de ne pas se laisser faire, de ne plus solliciter des audiences expéditives pour une photo à usage interne, de cesser de considérer la visite d’un président français comme le must absolu et surtout d’être irréprochables. Mais on aurait tort de croire qu’en snobant ainsi son hôte Hollande n’a pas aussi gêné, voire choqué une partie de l’opinion africaine qui y a vu une forme d’arrogance : le professeur a beau être pétri de bons sentiments, parler avec justesse de démocratie et de droits de l’homme, il n’en est pas moins un donneur de leçons malgré lui quand la manière n’y est pas. Lui manque, il est vrai, la sensibilité africaine d’un Moncef Marzouki qui, dans son propre discours, a su toucher l’âme des Congolais en rendant hommage à Patrice Lumumba : « Je suis le fils de cet homme… »

Surtout, le chef de l’État français serait plus audible sur le continent s’il ne donnait l’impression d’avoir l’indignation sélective et de considérer l’Afrique comme une compensation de sa propre realpolitik. Ces quatre derniers mois, le tapis rouge élyséen a été déroulé pour l’émir du Qatar, le souverain de Bahreïn, les princes héritiers d’Arabie saoudite et d’Abou Dhabi, sans qu’un seul mot désagréable n’ait été prononcé à l’égard de ces monarchies opaques, absolues, répressives et kleptocrates. « Si je suis plus exigeant avec l’Afrique, c’est parce que je l’aime », a répondu François Hollande à Kinshasa. C’est un peu court, un brin paternaliste et surtout imprononçable à Alger, Doha ou Pékin sans courir de risques majeurs. S’il est sain de désormais « tout se dire », comme le répète Hollande, encore faut-il que cela soit valable pour tout le monde… 

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici