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Vieux démons ivoiriens

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Faut-il s’inquiéter pour la Côte d’Ivoire ? Dix-sept mois après l’investiture d’Alassane Ouattara, malgré un redécollage économique évident (le taux de croissance, en 2012, sera supérieur à 8 %), la réponse est oui. Depuis le mois de juin, les attaques se multiplient, notamment le 15 octobre à la centrale thermique d’Azito, à Abidjan, et six jours plus tard à la gendarmerie de Bongouanou, 200 km plus au nord. Meurtrie par près de deux décennies de conflits tour à tour larvés puis ouverts, conséquence de la bataille pour la succession d’Houphouët que se livrèrent Bédié, Ouattara, Gueï et Gbagbo, la Côte d’Ivoire n’a toujours pas chassé ses vieux démons.

La réconciliation, dont nous savions bien qu’elle prendrait du temps, comme ce fut le cas ailleurs dans des circonstances à peu près similaires, n’est pour le moment qu’une incantation, un objectif que l’on se fixe sans réellement se donner les moyens de l’atteindre. Depuis la victoire de Ouattara, l’abcès n’a jamais été vraiment crevé. Les haines recuites ne demandent donc qu’à se ranimer.

Certes, après la guerre qui a mené la terre d’Éburnie au bord du chaos, le nouveau chef de l’État n’avait d’autre choix que d’imposer son pouvoir en récompensant ceux qui l’avaient aidé et en éloignant ceux qu’il soupçonnait de vouloir précipiter sa chute. Cela impliquait de montrer sa force, de mettre sur pied une armée en laquelle il puisse avoir confiance et de punir les responsables les plus compromis avec l’ancien régime. De mettre son adversaire à genoux, en somme. Question de survie et stratégie à laquelle, n’en doutons pas, les orphelins de Laurent Gbagbo auraient, eux aussi, eu recours si le sort des armes avait été différent.

Il est désormais temps de passer à autre chose. Il serait aberrant de considérer que les sympathisants du Front populaire ivoirien (FPI), voire les simples électeurs de Gbagbo, doivent expier leur choix jusqu’à la fin des temps. Les vainqueurs ont une très lourde responsabilité. Il leur incombe de faire le premier pas et de tendre la main à tous ceux qui, dans le camp d’en face, n’attendent que cela – ils sont beaucoup plus nombreux que certains affectent de le croire – pour surmonter leur amertume et, enfin, imaginer un avenir dans lequel ils aient un rôle à jouer. Qui mieux que les gens du Nord, longtemps traités comme des sous-Ivoiriens, voire des étrangers, ostracisés, harcelés, empêchés de travailler ou désignés comme les responsables de tous les maux, peut comprendre ce que vivent aujourd’hui les pro-Gbagbo ? Malgré le ressentiment, les drames et la haine, il n’y a pas d’autre choix. Car, en Côte d’Ivoire comme ailleurs, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

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