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Tout le monde en piste, avec le Staff Benda Bilili !

Les huit Kinois sont actuellement tournée mondiale. © Christophe Macpherson/Crammed Discs Hires

Leur premier album les a fait connaître du monde entier : les Staff Benda Bilili reviennent avec un nouvel opus, la rumba chevillée au corps.

Il y a encore trois ans, ils vivaient dans les rues poussiéreuses de Kinshasa sur d’improbables fauteuils roulants à pédale manuelle, faisant vibrer leur rumba décapante et mélodieuse, mâtinée de funk et de reggae, sur des instruments de fortune. Loin d’être de sympathiques illuminés, les huit compères du groupe congolais Staff Benda Bilili (cinq sont atteints par la polio) ont depuis tracé leur route, si bien qu’ils connaissent aujourd’hui un incroyable succès dont ils n’auraient sans doute jamais osé rêver. Après avoir écumé les scènes internationales avec Très Très Fort, sorti en 2009, Ricky, Théo, Coco, Kabose, Cavalier, Djunana, Zadis et Roger reviennent avec un second album, Bouger le monde ! C’est une nouvelle fois à Kinshasa, où ils disent continuer de puiser leur inspiration, qu’ils ont enregistré en live leurs onze derniers titres. Non plus au jardin zoologique, mais au studio Repanec, qui a vu défiler certains des plus grands noms de la musique congolaise comme Franco ou Papa Wemba.

Au final, ce nouvel opus survolté et festif brassant musique européenne et rumba blues est encore plus pêchu que le précédent. Si des solistes ont été ajoutés, l’écho du satonge de Roger, cette boîte de lait concentré transformée en arc musical à une corde, continue de résonner. « Nous n’avons pas de frontières dans notre travail, nous jouons toutes les musiques, dit Ricky, le leader. Nous ne sommes pas des musiciens du Congo, mais du monde. »

Combatifs

L’obsession du Staff Benda Bilili est toujours là : faire passer des messages. En cela, Bouger le monde ! se veut encore plus combatif. Dans l’entêtant « Osali Mabe » (« tu as mal agi », en lingala), ils traitent de la rupture amoureuse. Dans « Mutu Esalaka » (« la tête fonctionne »), ils rappellent que le handicap n’est pas un péché. Et dans « Kuluna » (« gangs »), ils dressent la liste des maux de la société congolaise. « Ce que nous voulons, c’est donner l’exemple. Désormais, partout où l’on passe, les handicapés commencent à travailler », dit Ricky. Le 6 septembre, ils se produisaient d’ailleurs au Royal Albert Hall de Londres, lors des Jeux paralympiques.

Le quotidien du « Staff » a en effet sacrément changé. Si leur premier album s’est transformé en passeport pour l’Europe, l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes en 2010 avec le film Benda Bilili ! (réalisé par Florent de La Tullaye et Renaud Barret) leur a offert une renommée internationale. Désormais, leurs enfants vont à l’école et tous ont quitté leurs « toncars » (cartons) pour s’installer dans une maison. Ils ne répètent plus seulement à Kinshasa, mais aussi à Paris, Londres ou Berlin. Alors forcément, au début, quand ils rentraient chez eux, les a priori étaient tenaces : « Les gens pensaient qu’on ramassait l’argent par terre en Europe. » Ils ont donc créé une ONG à leur nom, qui vient en aide à ces gens des rues qu’ils ont si souvent côtoyés, en les aidant à financer leurs projets. Aujourd’hui, les Kinois peuvent se targuer d’avoir joué à peu près partout. Même aux États-Unis, où ils ont trimballé pour la première fois en octobre leurs guitares électriques et leurs percussions, de New York à Los Angeles. 

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