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Le silence des pères

Où sont donc passés les pères ? Voilà la question que je me pose depuis quelque temps, et pour cause : c’est une maman qu’on a vu s’exprimer sur les antennes et les plateaux à la suite de la tuerie de Toulouse. Latifa Ibn Ziaten a ému la France entière en pleurant son fils Imad tombé sous les balles de Mohamed Merah. Et, pour cette mère Courage, il ne s’agissait pas seulement de verser des larmes, mais d’alerter contre l’embrigadement fanatique qui guette les jeunes musulmans des cités. Puis on a vu Fatiha, la mère de l’un des agresseurs d’Échirolles, parlant de son fils qui a monté l’expédition punitive ayant débouché sur les assassinats de Kevin et Sofiane. Elle ne se vante pas de son fils, Fatiha. Elle demande pardon et dit sa honte de ne jamais pouvoir supporter le regard des mères des deux victimes : « J’ai gâché ma vie, celle de mes enfants et des jeunes qui sont morts. J’ai tout perdu. » Il y a la maman de Kevin aussi, Aurélie Noubissi, qui tient debout malgré la mort de son garçon et évoque avec dignité « la souffrance de tous ». Puis cet autre visage de Madone éplorée, Widad, habitante d’Échirolles également, qui, toute de voile vêtue, a interpellé François Hollande venu sur les lieux du drame, réclamant la présence de l’État dans des quartiers qu’elle ne veut pas voir sombrer dans la violence : « Monsieur le président, nous ne sommes pas à Chicago, ici ! » Un cri de détresse qu’une autre Maghrébine, Samia Ghali, élue marseillaise, avait lancé quelques mois auparavant en demandant le renfort de l’armée contre l’insécurité qui gangrène certains arrondissements de sa ville.

Toutes ces femmes montent au créneau et prennent date avec l’histoire de France. Non pour agresser ou accuser ni pour tenir un discours de repli, mais pour tirer la sonnette d’alarme et dire à quel point elles sont dépassées. Elles parlent d’éducation, de sécurité et d’ascenseur social pour leurs enfants. Et usent du langage du coeur et non pas du discours électoraliste ou du maniement des idées.

Certes, on peut accuser ces mères d’avoir failli à l’éducation de leurs enfants. Mais alors, sont-elles seules responsables ? Où sont les pères de ces enfants ? Où sont les maris ? Absents. Impuissants devant le cours des événements. Quand ils ne prennent pas parti pour leur progéniture masculine, comme le père Merah, qui, pour toute parade, a accusé la France d’avoir tué son fils, sans un mot pour les victimes. Et je ne parle pas des frères, dont certains se rangent parfois du côté des tueurs quand ils ne jouent pas aux machos et aux apprentis jihadistes.

Vous pouvez me rétorquer qu’il y a des « beurettes » adeptes du niqab et de la polygamie qui n’hésitent pas à financer les voyages de leurs frères ou époux dans les camps terroristes. Je réponds que c’est là l’exception qui confirme la règle. Tout laisse supposer, au contraire, qu’entre le fiasco des pères et l’empire des frères l’espoir surgit à travers cette voix nouvelle, audible et digne, qui est celle des mamans de l’immigration. La seule, probablement, à ramener la paix dans la maison France. Alors écoutons-la, en vertu de la fameuse maxime d’un auteur comique grec du Ve siècle av. J.-C. : « Quand la guerre sera l’affaire des femmes, elle s’appellera la paix » ! 

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