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Brésil : cachez ces pauvres que je ne saurais voir

Écrit par Élodie Guignard, à Rio de Janeiro

Maison en cours de démolition à Rio de Janeiro. © AP/SIPA/Victor R. Caivano

À l'approche du Mondial de foot et des Jeux olympiques, que faire des favelas de Rio et d'ailleurs ? Les raser, bien sûr.

Favela do Metrô, dans le nord de Rio de Janeiro. Depuis sa maison, Eomar Freitas, 36 ans, observe le mythique stade Maracanã, à quelques centaines de mètres de là. En 2014, c’est là qu’aura lieu la finale de la Coupe du monde de football. Depuis 2010, plus de la moitié des sept cents familles qui y vivaient ont été délogées par la mairie dans le cadre d’un projet de « revitalisation » des abords du stade. Les premiers expulsés ont été relogés à 50 km de là. Leurs maisons ont été rasées et, pour l’instant, un champ de ruines et de détritus s’étend à la place. Entre drogue, prostitution et cambriolages, les rescapés survivent comme ils peuvent. La résistance s’organise autour d’un comité populaire qui dispose d’une antenne dans chacune des villes hôtes du Mondial. Au total, 170 000 personnes sont menacées d’expulsion.

« C’est un processus complexe, car on a affaire à des gens très pauvres. Pour certains, le relogement se traduit par une amélioration de leurs conditions de vie. Pour d’autres, c’est le contraire, ils perdent leurs repères, leurs habitudes, leurs amis », explique l’urbaniste Orlando Santos Junior. En 2016, la « Ville merveilleuse » accueillera aussi les Jeux olympiques, et, du coup, d’autres favelas sont condamnées.

Spéculation

C’est le cas de la Vila Autódromo, dans l’Ouest, un quartier de 3 000 habitants posé au bord d’un lac. Ici, pas de violence ni de trafic de drogue, mais tout doit quand même être rasé, car c’est ici que seront construits le village olympique, le centre de presse et la piscine où auront lieu les épreuves de natation. Le TransOlímpica, une voie express réservée aux bus, traversera en outre le territoire de la favela.

Les autorités jugent aujourd’hui le site impropre à l’habitation. De fait, les rues ne sont pas asphaltées, le tout-à-l’égout n’existe pas, des flots d’immondices se déversent directement dans le lac et l’odeur ambiante est pestilentielle. Lors des Jeux panaméricains de 2007, aucune expulsion n’avait eu lieu et les installations sportives avaient été construites sur un terrain qui jouxte la favela.

Le noeud du problème, c’est la spéculation immobilière. « Toute la zone est une aire d’expansion résidentielle, un nouveau centre économique va y être créé. Les pauvres dévalorisent le quartier, il faut donc les déplacer », explique Orlando Santos Junior.

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