Fermer

Noureddine Khalid et Messaoud Zeggane, cavaliers de l’Atlas

Noureddine Khalid (gauche) et Messaoud Zeggane (droite), acrobates et cavaliers marocains travaillant dans l'équipe de Bartabas du Théâtre Zingaro à Aubervilliers. Le 14 novembre 2012. © Vincent Fournier/J.A.

Ces deux acrobates originaires du Maroc brillent dans la dernière création équestre de Bartabas, Calacas.

C’est un lieu hors du temps, un havre de poésie où le merveilleux le dispute au rêve. Une fois passée la haute palissade en bois et gravies les quelques marches à l’entrée de ce temple équestre, vous aurez vite fait d’oublier les tours HLM en brique rouge de la sinistre cité des Courtillières qui fait face au théâtre Zingaro et l’assourdissante route nationale qui borde ce camp retranché adossé au fort d’Aubervilliers (près de Paris).

Un lieu de spectacle, de création mais aussi de vie. Derrière l’édifice en bois du majestueux théâtre, le célèbre Bartabas, celui qui crée des spectacles uniques avec ses chevaux, a déposé ses guêtres et installé sa roulotte il y a déjà plus de vingt ans. L’y ont rejoint tous les membres de sa compagnie… Hommes et chevaux. Car ici, la plus noble conquête de l’homme est un artiste comme les autres qui, par ses capacités et son talent, peut imposer un mouvement plutôt qu’un autre au chorégraphe français. « C’est ce qui est formidable avec lui, reconnaît Messaoud Zeggane. On peut lui suggérer des pas en fonction des capacités des chevaux dont nous nous occupons. Il y a une grande liberté que nous ne pourrions pas forcément avoir ailleurs. »

C’est par un pur hasard que le Marocain a découvert cet univers. Tout comme son compatriote Noureddine Khalid, avec qui il partage l’affiche de Calacas, un spectacle réjouissant sur la mort dans lequel les deux cavaliers mènent une danse poétique endiablée avec leurs montures. Né en 1971 au milieu des dunes, près de Merzouga, à la frontière algérienne, Messaoud Zeggane a grandi au sein de la culture gnawa. Avant de troquer sa tente pour la roulotte qu’il occupe désormais au coeur du village Zingaro, le nomade a dû parcourir bien du chemin. Et user de bien des malices. À l’âge de 13 ans, quand une équipe de cinéma débarque tout droit de Hollywood pour tourner un long-métrage dans le désert, comme tous les gosses des alentours, il se présente pour faire partie des figurants. Retenu, il côtoie les cascadeurs marocains du film. Et découvre l’équitation. Première promenade, première chute… Mais ce n’est pas ça qui va effrayer le jeune homme téméraire, qui s’adapte très vite aux nouvelles situations.

Lorsque l’équipe du film quitte la mer de sable, il n’a qu’un rêve : accompagner les artistes qui retournent dans le Haut-Atlas, où se situe une académie de cascade équestre. Son oncle accepte de couvrir son départ et de calmer la fureur paternelle. En 1992, lorsque l’école ferme, il traverse la Méditerranée pour un avenir meilleur. Il sera éducateur pour jeunes en difficulté près de Nîmes. À travers l’équitation, il leur rend cette estime de soi qui leur fait défaut. « Grâce au cheval, ces jeunes en rupture avec la société renouent avec un moyen de communiquer. Un cheval, ce n’est jamais raciste ! » Deux ans plus tard, le jeune homme ne résiste pas à l’appel d’un cirque itinérant. Mais l’expérience tourne court. « Je suis un nomade qui aime prendre son temps, explique-t-il. Là, tout se faisait dans la précipitation, sans aucun respect des animaux. » Malgré ses appréhensions et la réputation d’homme difficile, autoritaire et cabochard de Bartabas, il se présente à un casting pour Éclipse, le nouveau spectacle de la compagnie Zingaro, qu’il intègre en 1996.

Un choix que l’homme léopard qui fait danser les morts dans Calacas n’a jamais regretté et qu’il a vivement conseillé à Noureddine Khalid… Même si ce dernier n’avait jamais approché un cheval de sa vie lorsqu’il s’est présenté à l’inventeur du théâtre équestre ! Inconscient, le timide acrobate de Tanger ? Pas vraiment. Travaillant à sa dernière création, Bartabas souhaitait intégrer des éléments d’acrobatie marocaine traditionnelle à sa chorégraphie. Finalement, il n’en fera rien, mais en quelques mois, Noureddine Khalil deviendra, à 30 ans, l’un de ces joyeux squelettes à grosse tête qui surgissent hors de la nuit dans Calacas. Issu d’une fratrie d’acrobates autodidactes spécialisés dans les pyramides humaines, ce natif de Larache envisageait de mettre fin à sa carrière d’artiste après avoir sillonné l’Europe pendant plus de dix ans. Doué, volontaire, intrépide, il n’a pas eu de mal à se plier aux règles du nouvel exercice. « Grâce à Messaoud notamment, et à toute l’équipe de Zingaro, j’ai vite appris. Contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer, communiquer avec un cheval est très facile », confirme le jeune homme avant de poursuivre, un doux sourire au visage : « Bartabas m’a fait confiance et m’a offert une nouvelle vie. »

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici