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Touche pas à mon chameau !

par

Fouad Laroui est écrivain.

J’ai découvert, de la façon la plus fortuite, une conspiration dont le but infâme, inouï, scandaleux (les mots me manquent) est de décimer nos chameaux – je devrais dire, pour être exact : nos dromadaires. On en veut à nos amis bossus d’Agadir, du Sahara, de Marrakech et même aux deux bêtes mélancoliques qui végètent sur la plage de Tanger et qui amusent petits et grands.

De quoi s’agit-il ? Du réchauffement planétaire, bizarrement. Parmi les gaz responsables de l’effet de serre, il y a le méthane, le fameux CH4 de nos cours de chimie. Or le méthane est produit, entre autres, par la digestion des animaux, en particulier les vaches, les chevaux, les chameaux, etc. Le méthane s’échappe des orifices de ces bêtes placides (pas besoin de dessin ?) qui sont donc coresponsables du désastre annoncé. Ça a l’air d’une blague mais pas du tout : c’est scientifiquement prouvé.

D’un autre côté, l’animal qui pollue le plus la planète, c’est l’homme. Or l’homme est doué de conscience et cela l’empêche parfois de jouir de sa propension à semer partout de l’immondice. Comment acheter un rutilant 4×4 et avaler les kilomètres sans éprouver une certaine gêne à l’idée qu’on produit des mètres cubes de fumée noire ? Comment chanter à pleins poumons « l’air est pur et la route est large » si dans le même temps on pollue ledit « air pur » ? C’est là qu’intervient une entreprise anglaise qui a eu cette idée infâme (inouïe, etc.) : vous lui versez une certaine somme d’argent, vous indiquez combien de kilomètres vous dévorez chaque année et les fines gâchettes de l’entreprise se chargent d’aller abattre des animaux inutiles un peu partout dans le monde ; l’idée étant que le total des gaz non émis à cause du trépas prématuré de l’animal compense les gaz que produira votre 4×4 pendant sa durée de vie. Ainsi, l’un dans l’autre, vous n’avez pas pollué la planète et vous pouvez regarder vos enfants dans les yeux : « C’est pas moi qui vais te refiler une planète invivable, petit mouflet à son papa. » Incroyable, non ?

Vous me demandez : qu’est-ce qu’un animal inutile ? On ne parle pas ici des vaches laitières, ni des chevaux de bât, ni même du matou qui tient compagnie à la mémé esseulée. L’entreprise scélérate a dressé une liste d’animaux vraiment inutiles (dit-elle). En premier lieu, on trouve les deux millions de chameaux sauvages qui infestent le désert australien. Plus bas sur la liste, on trouve les camélidés du Maghreb qui, selon ces Rosbifs allumés, ne servent à rien car les autochtones utilisent maintenant des voitures ou des camions. Donc : sus aux dromadaires d’Afrique du Nord !

C’en est trop ! Vous me dites, indigné(e) : ne sont-ce pas les chameaux qui devraient se débarrasser des humains inutiles, et d’abord de ces Anglais intempestifs ? Merci de le dire, je n’osais pas le faire moi-même…

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