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Incendies à Lomé : l’ombre d’un doute

À l'intérieur du marché de Lomé dans la nuit du vendredi 11 au samedi 12 janvier. © AFP

Soupçonné d'être l'instigateur des incendies qui ont ravagé deux marchés du pays, Gabriel Agbéyomé Kodjo a été arrêté le 16 janvier.

Son immunité parlementaire d’ancien président de l’Assemblée nationale a été levée en quelques heures par les députés réunis en session extraordinaire le 16 janvier. Sitôt la mesure votée, les forces de sécurité ont arrêté Gabriel Agbéyomé Kodjo. Placé en garde à vue, l’ancien Premier ministre, 58 ans, a refusé catégoriquement de répondre aux questions des enquêteurs sans l’assistance de son avocat, éconduit par les gendarmes à l’entrée d’un camp de Lomé.

Le courroux des autorités togolaises est lié à l’incendie du marché de Kara (Nord), survenu le 10 janvier, et à celui qui a consumé, quarante-huit heures plus tard, deux étages du bâtiment central du grand marché de Lomé. Pour Tchitchao Tchalim, le ministre de la Justice, « toute personne soupçonnée a le devoir de s’expliquer ». « Pour la poursuite des enquêtes, ce sont [ces] explications qui permettront de connaître la vérité, et ensuite la justice pourra agir », conclut le ministre, qui semble convaincu de l’origine criminelle des deux catastrophes.

Ecorché vif

Mais comment peut-on en arriver à suspecter un ancien Premier ministre et ancien ministre de l’Intérieur d’avoir mis le feu aux entrepôts des Nana Benz ? Les enquêteurs n’ont pas encore rendu publics les éléments susceptibles d’accabler celui qui est la bouche fumante du collectif Sauvons le Togo. À ce stade, nul n’a établi un lien entre Agbéyomé Kodjo et les pyromanes. Néanmoins, l’entourage de ce personnage complexe et imprévisible ne le soutient que du bout des lèvres, peut-être échaudé par son tempérament d’écorché vif… Qui n’a vu et revu sur internet cette vidéo de 1991, dans laquelle celui qui était alors l’enfant gâté du régime s’emporte et éclate en sanglots devant l’assemblée médusée de la Conférence nationale souveraine ?

Premier ministre en 2000, Kodjo avait été démis deux ans plus tard avant de s’exiler en France et de renier son mentor, Gnassingbé Eyadéma. De retour au pays après le décès de ce dernier en 2005, il a fondé en 2008 un parti politique dont l’acronyme a une consonance d’explosif, Obuts (Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire). La justice dira si l’ancien haut commis promis à un bel avenir s’est mué en instigateur d’incendies générateurs de troubles sociaux.

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