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Algérie : le casse-tête sécuritaire

Une route menant à In Amenas. © AFP

Après l'attaque d'In Amenas, l'Algérie renforce la protection des sites stratégiques. Qui ne se limitent pas au secteur des hydrocarbures.

Même si le gouvernement et les représentants du consortium BP-Sonatrach-Statoil exploitant le site gazier de Tiguentourine promettent une reprise rapide de la production, l’épisode sanglant de la prise d’otages d’In Amenas, le 16 janvier, ne restera pas sans conséquence sur l’économie du pays. L’inévitable envolée des coûts d’assurance et de réassurance, la réévaluation des salaires que ne manqueront pas d’exiger les cadres expatriés, ainsi que la forte augmentation des coûts qu’implique le renforcement du dispositif sécuritaire autour des sites dits sensibles, devraient impacter durablement le prix de revient du baril de pétrole et du mètre cube de gaz algériens, les deux principales sources de revenus du Trésor public.

Pire

La révision du dispositif de sécurité ne devrait pas se limiter aux seuls hydrocarbures. L’Algérie s’ouvre et multiplie les partenariats avec des opérateurs étrangers dans le cadre de sa stratégie de relance industrielle (le français Renault à Oran, l’américain Lilly dans la biopharmacie à Sidi Abdallah, les allemands Daimler et Man à Tiaret ou encore Qatar Steel à Jijel), ainsi que dans des secteurs aussi divers que l’habitat, l’agroalimentaire ou la santé, avec une présence plus dense d’expatriés dans les quatre coins du pays. Une première mesure est annoncée : le retour de la très décriée escorte policière pour tout déplacement de ressortissant étranger, une disposition en vogue au milieu des années 1990. De mauvais augure pour l’amélioration du climat des affaires.

En matière de protection de sites stratégiques, on ne peut pourtant pas dire que le plan mis en place au cours de la décennie GIA (les groupes islamiques armés) a péché par manque d’efficacité. Jusque-là épargnés par les attaques terroristes, les sites pétroliers ont toujours été sécurisés par un dispositif à cercles concentriques. Le premier, l’intérieur du site, est confié à des sociétés privées dont les gardiens ne sont équipés que de quelques armes de poing. Ces sociétés de droit algérien sont dirigées par d’ex-officiers de l’armée ou de la gendarmerie, ou par d’anciens hauts gradés de la police nationale. Le deuxième cercle concerne la périphérie immédiate du site. Il est sécurisé par un escadron de gendarmerie, mieux doté en armement. Troisième et dernier cercle : les accès au site, dans un rayon de 30 km.

Crible

Ce dispositif est régulièrement soumis au crible des cabinets d’audit internationaux, tels Control Risks ou Geos. Comment a-t-il pu faillir à Tiguentourine ? À cause de « la puissance de feu dont disposait le commando des assaillants, explique le Premier ministre. Les terroristes disposaient de suffisamment d’armes et de munitions pour tenir face à trois bataillons de l’armée ». Ce n’est donc pas l’escadron de gendarmerie doté de deux blindés et de quelques kalachnikovs, encore moins la société de gardiennage et sa dizaine de pistolets automatiques, qui aurait pu arrêter les kamikazes de Mokhtar Belmokhtar. Si les mesures de sécurité doivent être revues, il ne faut cependant pas s’attendre à une révolution. Pas question de voir par exemple la sécurité de sites sensibles confiée à une agence de sécurité étrangère. Ce n’est pas demain que l’on verra Academi (ex-Blackwater) et consorts s’activer en Algérie.

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