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Littérature : rendez-vous à Brazzaville

L'écrivaine zimbabwéenne NoViolet Bulawayo. © D.R.

Le festival Étonnants Voyageurs se tient du 13 au 17 février dans la capitale congolaise. L'occasion de promouvoir de nouvelles plumes.

Au fond, c’est le propre d’un voyageur : ne s’arrêter nulle part, ne s’immobiliser qu’à l’heure de la mort. Et le festival Étonnants Voyageurs, dont la déclinaison africaine a lieu à Brazzaville (Congo) du 13 au 17 février, se tient bien droit sur ses deux jambes (en l’occurrence les directeurs Michel Le Bris et Alain Mabanckou). Longtemps, cette grande fête de la « littérature monde » fut associée aux eucalyptus du Palais de la culture, sur la rive du Niger, à Bamako. Cette époque est révolue. « Nous avons suivi les événements au Mali le coeur navré, confie Michel Le Bris. Tant de liens nous rattachent à ce pays, tant d’amitiés se sont nouées dans toutes les villes où nous sommes allés depuis la création du festival. N’oublions pas que celui-ci se déployait dans dix villes maliennes. La décision de renoncer à poursuivre l’aventure a été prise, à contrecoeur, il y a bien des mois. Compte tenu du non-respect de ses engagements par le pouvoir malien, il était illusoire d’espérer trouver un financement. »

Le Mali, c’est fini, mais vive le Congo ! Pourquoi ce choix ? « Parce qu’Alain Mabanckou », répond simplement Le Bris, qui refuse de « parachuter » sa manifestation dans un pays et préfère la concevoir en collaboration avec les acteurs culturels locaux. Sur le papier, c’est déjà réussi : 90 invités venus de 23 pays, 120 rencontres, 16 films, 4 expositions… Et il va sans dire que le festival, né à Saint-Malo (France), ne se limite pas au monde du livre : la peinture, la musique, le cinéma, le théâtre seront tour à tour convoqués pour célébrer la culture comme il se doit.

Goyaves

« Je rêve d’une belle fête : parce que la littérature est une fête, affirme Le Bris. Une manière de se maintenir debout. Mais à l’instant où j’écris, je ne puis qu’espérer : nous avons fait tout ce que nous pouvions. La suite appartient aux Brazzavillois. » Il y aura donc des concerts (le Malien Amkoullel, notamment), des projections (Sur la planche, de Leïla Kilani, Nairobi Half Life, de David Tosh Gitonga), des ateliers et des rencontres dans les écoles. Mais fête ne rimant pas forcément avec insouciance, certains débats seront des plus sérieux et des plus adaptés à la réalité du terrain. Le Congolais Emmanuel Dongala et l’Algérien

Boualem Sansal se retrouveront notamment pour évoquer le rôle des écrivains face à la censure.

Pour ceux qui ne pourraient pas profiter de ces cinq jours à Brazzaville « capitale littéraire », le festival innove en publiant un recueil de nouvelles – L’Afrique qui vient – réunissant 26 auteurs du continent. Des textes bien entendu inégaux – la nouvelle est loin d’être un genre facile – mais qui permettent de découvrir certains auteurs et d’en redécouvrir d’autres. En toute subjectivité, on conseillera la lecture d’En arrivant à Budapest, de la Zimbabwéenne NoViolet Bulawayo, lauréate du Caine Prize en 2011. « C’est ça l’ennui avec les goyaves ; tous ces pépins constipent si on en mange trop. Et quand arrive le moment de déféquer, on a très mal, comme si on essayait d’accoucher d’un pays », écrit-elle avec une verve enthousiasmante. 

La relève littéraire africaine s’annonce, et c’est ce que souhaitent mettre en avant les organisateurs. « Avec Alain Mabanckou, nous avions le sentiment qu’un cycle s’était achevé au Mali et qu’il fallait maintenant engager une autre aventure : dire l’Afrique nouvelle en train de naître, qui surgit sur la scène du monde, soutient Le Bris. Une nouvelle génération déboule, avec une folle énergie ! »

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