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Burkina Faso : demi-succès en série

Mouna Ndiaye (à g.) et Yolande Sanon dans Super Flics. © D.R.

Très populaires auprès des téléspectateurs de la sous-région, les sitcoms burkinabè peinent pourtant à être rentables.

Elles ont conquis le petit écran et le coeur des téléspectateurs burkinabè. En une décennie, les séries « made in Faso » sont devenues omniprésentes dans la grille de programmes de la télévision nationale (RTB), mettant fin au règne des telenovelas. Au-delà d’une consommation locale, elles s’inscrivent dans le paysage audiovisuel de la sous-région. Et au-delà, grâce à TV5, qui diffuse actuellement jusqu’à six d’entre elles.

C’est à partir de l’an 2000 qu’est élaborée la recette désormais éprouvée du succès. Au fil de leurs péripéties, des personnages placés dans des situations comiques gagnent l’affection du public. Proche de la réalité, les épisodes se déroulent dans les quartiers populaires de Ouagadougou (Kadi Jolie) ou de Bobo-Dioulasso (Au royaume d’Abou, Les Bobodioufs). Depuis, les protagonistes de ces sitcoms et leurs répliques sont devenus cultes d’Abidjan à Libreville. Mais surtout, ce succès populaire a galvanisé un secteur balbutiant, si bien que plus d’une quinzaine de séries ont suivi, avec en moyenne deux nouvelles productions chaque année.

« Ce qui explique ce boom, c’est que les Africains, comme tous les peuples, ont besoin d’avoir des héros à leur image », analyse Toussaint Tiendrébéogo, pionnier du genre au Burkina Faso, aujourd’hui spécialiste des politiques et industries culturelles à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). En 1998, alors producteur, il convainc Dani Kouyaté de réaliser À nous la vie, la toute première série burkinabè « en réaction à Hélène et les garçons », admet-il en riant. La sitcom qui raconte le quotidien d’une bande d’étudiants de diverses nationalités africaines reçoit en 1999 un prix au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) et ouvre la voie à ce qui deviendra un véritable phénomène de société.

Passion

Un chemin que ne tarderont pas à emprunter une dizaine d’opérateurs favorisés par l’avènement progressif du numérique. Accessible, la nouvelle technologie permet une réduction de 30 % à 40 % des coûts de production, ramenés à 5 millions de F CFA (7 600 euros) par épisode. « Quand on est autonome sur le plan logistique, il ne reste plus qu’à trouver l’argent pour gérer les comédiens », explique Aminata Diallo-Glez, alias Kadi Jolie, le sobriquet affectueux que lui donnent ses compatriotes depuis la série éponyme qui l’a révélée, en 1999. Passée derrière la caméra, elle a créé sa propre structure, Jovial’ Productions. Super Flics, sa série policière lancée en 2008, est diffusée sur TV5 et le sera dans les 26 pays d’Afrique du réseau de Canal France International (CFI), à partir de mars.

Mais après une seconde saison, l’actrice-productrice envisage de jeter l’éponge, comme nombre de ses confrères. La cause, les difficultés grandissantes de rentabilité. « Nous finissons toujours chaque tournage avec des problèmes de découvert bancaire, mais nous continuons par passion », soupire-t-elle pour évoquer le maintien fragile de l’activité.

Déficit

« Un producteur peut se retrouver avec 15 000 à 40 000 euros de déficit », constate Adama Roamba, qui vient de terminer la saison 3 de Célibatorium, du nom de ces habitations individuelles, « entrer-coucher », réunies dans une même cour. Et même si la demande des fans est au rendez-vous, il jure que cette livraison achevée dans la douleur sera la dernière. Ces dernières années, il a vu se tarir les guichets traditionnels de financement (OIF, Union européenne et ministère des Affaires étrangères français), inadaptés à un volume grandissant. Les subventions, qui avoisinaient les 60 000 euros, ont diminué de moitié ou des deux tiers. Dans le même temps, les télévisions nationales et les partenaires privés locaux n’ont pas vraiment pallié le manque à gagner. « Ils accordent tout au plus 1 million de francs CFA chacun, regrette le réalisateur. Je crains que nous ne soyons en train de sortir de l’âge d’or des productions télévisuelles. »

Illusion d’une période bénie, selon Toussaint Tiendrébéogo, pour qui ce dynamisme a toujours été en trompe-l’oeil : « Les opérateurs ne restent pas longtemps. Les nouveaux entrants produisent des efforts pendant un temps, puis s’essoufflent, et d’autres leur succèdent. Voilà ce que cache la constance de la production. » 

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