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Sénégal : l’affaire Sudatel refait surface

Thierno Ousmane Sy était conseiller spécial du président Wade pour les TIC. © DR

Soupçonné d'avoir perçu de juteuses rétrocommissions lors de la cession d'une licence de téléphonie en 2007, Thierno Ousmane Sy, un ancien collaborateur d'Abdoulaye Wade, a été incarcéré. Le scandale montera-t-il plus haut ?

L’affaire est ancienne, mais elle a connu un rebondissement spectaculaire. Thierno Ousmane Sy, ancien conseiller spécial du président Abdoulaye Wade pour les technologies de l’information et de la communication (et fils de Cheikh Tidiane Sy, l’ex-ministre de la Justice), dort en prison depuis le 27 février. Soupçonné d’avoir perçu de juteuses rétrocommissions lors de la cession de la troisième licence de téléphonie mobile sénégalaise au groupe soudanais Sudatel, en 2007, il a été inculpé de détournement de deniers publics, association de malfaiteurs, corruption passive et blanchiment d’argent. Parallèlement, un mandat d’arrêt international a été émis contre l’homme d’affaires sénégalais Keba Keinde, soupçonné d’avoir eu recours à une société offshore pour ventiler ces commissions.

Diffamation

Dès 2010, l’hebdomadaire sénégalais La Gazette s’était interrogé sur l’écart entre le montant de la transaction annoncé publiquement par Abdoulaye Wade (100 milliards de F CFA, soit 150 millions d’euros) et la somme effectivement encaissée par le Trésor (89 milliards de F CFA selon le ministère des Finances, 80 milliards selon La Gazette). Le journal expliquait le manque à gagner par le versement occulte de commissions (10 millions de dollars, soit autour de 7 millions d’euros à l’époque) et de rétrocommissions (30 millions de dollars) à des lobbyistes arabes et américains d’un côté et à des Sénégalais « très haut placés dans les structures de l’État » de l’autre. Thierno Ousmane Sy, présenté comme étant « au coeur du scandale », avait alors fait condamner l’hebdomadaire pour diffamation – La Gazette a fait appel.

Dans l’entourage de l’ex-président Wade, on dénonce « une instrumentalisation de la justice à des fins politiciennes ». Selon Me Amadou Sall, son ancien porte-parole, la cession de la licence à Sudatel avait été libellée en dollars (pour une valeur de 200 millions) à une époque où le cours de la devise américaine tournait autour de 445 F CFA – soit les 89 milliards de F CFA officiellement versés au Trésor. Le décalage avec le montant de 100 milliards de F CFA évoqué par l’ancien président s’expliquerait par la fluctuation du cours de la devise américaine. Selon Amadou Sall, si des sommes importantes ont été retrouvées sur les comptes bancaires de Thierno Ousmane Sy, cela n’a rien à voir avec l’affaire Sudatel, l’ancien conseiller n’ayant « manipulé aucun fonds ». Une version contredite par des sources proches de l’enquête, qui s’accordent toutefois sur le fait qu’un simple conseiller spécial n’aurait pu agir de sa propre initiative. Le dossier Sudatel n’a donc pas fini de rebondir. 

Le PDS prépare la riposte

Les responsables du Parti démocratique sénégalais (PDS, opposition) sont furieux et voient dans la mise en cause par la justice de plusieurs collaborateurs d’Abdoulaye Wade une forme d’acharnement. Il y a d’abord le placement sous mandat de dépôt de Thierno Ousmane Sy. Puis l’ouverture d’une enquête préliminaire concernant les propriétés immobilières de Lamine Faye, le garde du corps (et neveu) de l’ancien président. Une réunion du comité directeur du PDS était prévue le 5 mars à Dakar pour « préparer la riposte ». Celle-ci pourrait être judiciaire, mais aussi politique : manifestations, marches, sit-in, etc.

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