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Société

Planète peule : rencontre avec un peuple sans frontières

Le conseil des sages de Labé. © Sylvain Cherkaoui/JA

Les Peuls sont sans doute près de trente millions en Afrique. Présents dans une quinzaine de pays, ils partagent la même langue, la même culture, et alimentent souvent les mêmes fantasmes. Rencontre avec un peuple sans frontières.

En voici un qui répond au canon de ce que l’écrivain Tierno Monénembo appelle « la tumultueuse engeance de Dôya Malal [le premier Peul] ». Contrairement à la fable que les adeptes du cliché ethniciste voudraient immortaliser, ils ne sont pas tous clairs de peau et n’ont pas tous le nez aquilin. Mais Dian Diallo, lui, a tout : le nom évidemment, certainement le plus courant dans l’univers peul. Mais aussi ce teint zinzolin, ces oreilles démesurées et ce visage allongé, dont Monénembo, auteur d’une monumentale fresque consacrée à son peuple (Peuls), a écrit qu’il transpirait la colère et la susceptibilité. Et puis il y a cette silhouette fragile dont on jurerait qu’elle ne passera pas la prochaine soudure. « Affamé comme un bon Peul », se moque l’ami chez lequel Dian nous a amenés : le professeur Fary Ka, chef du laboratoire de linguistique à l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), à Dakar. Dian Diallo sourit. On se taquine entre frères. Le professeur Ka admettra plus tard qu’aujourd’hui « les caractéristiques physiques que l’on prête aux Peuls ne sont plus valables ». Partout, ils se sont mélangés aux Mandingues, aux Dogons, aux Haoussas…

À 34 ans, Dian Diallo est fier d’appartenir à ce peuple sans frontières. Chaque jour, depuis sa maison située au pied de l’une des deux Mamelles, à Dakar, il traque les Peuls du monde entier sur la Toile. Il les réunit dans un forum, où l’on écrit en anglais, en français, en arabe, en portugais… Et en pulaar évidemment, l’une des langues les plus parlées en Afrique. Bientôt, Dian lancera un site de rencontres entre Peuls.

Fouta-Djalon, c’est un paradis

Cette passion pour « ce peuple si typique et si particulier », selon ses propres termes, le dévore. Il n’en a pas toujours été ainsi. Longtemps, Dian a ignoré ses origines. Certes, à la maison, on parlait pulaar. Mais à l’extérieur, c’est en wolof qu’il s’exprimait. « Plus jeune, j’ai cherché des Peuls heureux de se dire peuls, mais je n’en ai pas trouvé », explique-t-il. Puis un jour, il s’est interrogé sur ses ancêtres. Aujourd’hui, il écrit en pulaar sur sa page Facebook et met en ligne des photos de lui en habits traditionnels, avec le pootu (bonnet multicolore) sur la tête. En 2007, il a même effectué ce qu’il appelle « le pèlerinage », une virée dans le Fouta-Djalon, en Guinée, sur la terre de ses aïeux. Il en a gardé des images plein la tête. « C’est un paradis », dit-il.

Dans l’imaginaire peul, le Fouta-Djalon est un pays de cocagne – comme le Macina (au Mali, entre Mopti et Tombouctou), le Fouta-Toro (dans le nord-est du Sénégal) et l’Adamawa (dans le nord du Nigeria). Parce que c’est une belle région, verte et vallonnée, que les boeufs y paissent paisiblement et qu’on y cueille des fruits en abondance. Mais surtout parce que c’est ici que les Peuls ont exprimé toute leur puissance. Au nom de l’islam et du pulaaku (que l’on pourrait traduire par « le fait d’être peul »), deux siècles durant (aux XVIIIe et XIXe), ils y ont imposé leur loi. C’est d’ici qu’ils ont mené d’interminables jihads contre les impies qu’ils méprisaient. C’est aussi ici qu’ils ont laissé parler leurs divisions. Deux siècles de conspirations et de luttes fratricides.

Aujourd’hui, l’État théocratique du Fouta-Djalon n’est plus qu’un lointain souvenir. Les deux capitales d’antan, Timbo et Fougoumba, ne sont plus que des villages. L’épicentre du Fouta, désormais, se trouve plus au nord, à Labé, la deuxième ville la plus peuplée du pays après Conakry.

Labé, capitale de Fouta, d'où vient la majorité des commerçants guinéens.

Labé, capitale de Fouta, d’où vient la majorité des commerçants guinéens.

© Sylvain Cherkaoui/JA

C’est ici que les décisions se prennent. Depuis la colonisation, l’imam de la grande mosquée a pris le relais des chefs de l’État théocratique, les Almamy. « Quand il décide, tout le Fouta suit », nous assure-t-on. 

Passé glorieux

On a peine à le croire : le pouvoir, en Afrique comme ailleurs, nous a habitués au faste. Ici, rien de tel. L’imam, El Hadj Tierno Abdourahmane Bah, un vieillard de 96 ans modestement vêtu, attend l’appel de l’au-delà dans une maison qui tombe en ruines. Voilà bien longtemps qu’il ne dirige plus la prière dans la mosquée fondée il y a trois siècles par ses ancêtres. Seule trace d’un passé glorieux : aux murs, des photos montrent « le vieux » au côté de Yasser Arafat.

Le pulaaku, c’est un ensemble de comportements auxquels tous les Peuls doivent se plier. C’est aimer l’islam, aimer l’étranger.

El Hadj Mohamed Badrou Bah

À Labé, certains voudraient que rien ne change. L’État théocratique est un idéal à retrouver. Et le pulaaku un trésor à préserver. El Hadj Mohamed Badrou Bah, le fils de l’imam, son successeur désigné, et les quelques notables qui assistent à notre entretien se conçoivent comme les gardiens du temple. « Le pulaaku, dit-il, c’est un ensemble de comportements auxquels tous les Peuls doivent se plier. C’est aimer l’islam, aimer l’étranger. C’est partager et faire preuve de patience. Donner une grande importance à l’éducation ainsi qu’au travail. »

Bah et ses compagnons citent en exemple la ville de Touba, une cité sainte construite à la gloire d’Allah. Une comparaison osée : Touba est l’épicentre au Sénégal du mouridisme ; Labé n’est qu’un repère parmi d’autres pour un peuple présent de manière significative dans une quinzaine de pays d’Afrique. Certes, quand un problème sérieux se pose à la communauté, des délégations viennent du Sénégal, du Nigeria ou du Mali. Mais jamais les Peuls ne pourront avoir de terre promise. « Misérable vagabond, bohème de rien du tout », écrit Monénembo.

>> Lire aussi : "Les 10 pilliers de la ‘pulanité’"

Préserver « ce qui fait qu’un Peul est un Peul », c’est aussi le combat de Zeïnab Koumanthio Diallo. Il y a onze ans, elle a fondé avec d’autres le musée du Fouta-Djalon (à sa connaissance, le seul consacré aux Peuls) pour freiner le déclin des valeurs peules alors que les jeunes, qui s’exilent de plus en plus, « s’éloignent de leur culture ». Au Fouta, l’exode est tel qu’on parle désormais de « mariage cellulaire » : le seul lien entre la femme, restée au village, et l’homme, parti faire fortune aux États-Unis, en France ou dans un autre pays africain, est le téléphone portable.

Dans ce musée comme dans les foyers peuls, il n’y a pas de masque, pas de tam-tam, mais des flûtes pastorales et des calebasses. Il y a aussi des livres islamiques et des turbans, le tabouret appelé dyullun, sur lequel s’assied la femme pour traire la vache et qui se transmet de mère en fille. Ou encore le yhbbe, ce récipient en bois de figuier dans lequel on verse le lait, le trésor des Peuls.

Selon Zeïnab Koumanthio Diallo, comme pour beaucoup de gardiens de la tradition, voilà les trois piliers du pulaaku : l’islam, la femme et la vache. Mais qu’en reste-t-il ? « La foi, nous dit Mme Diallo, est intacte. Le Fouta a toujours pratiqué un islam modéré. La femme a encore de nombreux combats à gagner, notamment celui contre l’excision. Quant à la vache, elle ne représente plus grand-chose – du moins ici, dans le Fouta. » Ailleurs, dit-elle, le pastoralisme perdure. Il y a même une peuplade, les Mbororos, qui continue de « marcher derrière les boeufs » entre le Niger, le Tchad, le Cameroun et la Centrafrique. Pas de brassage, pas de pied-à-terre : ils seraient purs, croit-on savoir dans certains milieux… « Mais ici, les gens se sont sédentarisés. Nous sommes des commerçants », se désole Mme Diallo. Pour elle, cette évolution menace « la peulitude ».

Ce n’est pourtant pas la première fois que ce peuple subit une mue brutale. Autrefois indécrottable païen, il est devenu il y a quelques siècles un prosélyte actif de l’islam en Afrique de l’Ouest. Du pasteur qui avait la réputation de ne vouloir parler qu’à ses boeufs, il s’est transformé en commerçant capable d’acheter à Shanghai et de vendre à Dakar. Il y a cinquante ans, à Conakry, les Peuls étaient gardiens ou femmes de ménage. Ils « dormaient sur les varangues des maisons des colons » et vivaient « de la générosité des Soussous », nous dit un vieil habitant de la capitale guinéenne originaire du Fouta. Aujourd’hui, ils monopolisent l’import-export et attisent la jalousie des autres Guinéens. Ont-ils pour autant perdu les valeurs qui étaient les leurs il y a cent ans ? 

Fortune

Ce n’est pas l’impression que nous laisse Mamadou Cellou Diallo. Le parcours de ce commerçant âgé de 50 ans est exemplaire. Son père vendait des boeufs en Sierra Leone et au Liberia. Lui voulait devenir médecin, mais après deux années d’études il s’est lancé dans le commerce. D’abord en revendant à Conakry des cigarettes importées par d’autres commerçants peuls depuis le Sénégal. « À cette époque, se souvient-il, toutes les marchandises débarquaient au port de Dakar et rejoignaient la Guinée par la route. » Labé était le coeur de ce trafic qui était alors illégal. Par la suite, Cellou, aidé par des commerçants issus comme lui du Fouta, a importé des chaussures du Liberia, puis du café de Sierra Leone. En 1994, une flambée du cours du café a fait sa fortune. Depuis, il s’est lancé dans l’import de camions et de pièces automobiles depuis l’Europe et la Chine. Il brasse des millions de dollars.

Mamadou Cellou Diallo

Mamadou Cellou Diallo, homme d’affaires peul.

© Sylvain Cherkaoui/JA

Cellou n’a pas de bureau à Labé. Son QG, c’est un petit café situé au coeur du quartier « des affaires » de Dow-Saré, en centre-ville. Étrange endroit que celui-ci : un chapelet de ruelles étroites accueillant des dizaines de semi-remorques transportant des bidons d’huile de palme, des cartons de cigarettes ou des paniers de noix de kola. « Tout le trafic sous-régional entre la Guinée, le Sénégal, la Sierra Leone et la Gambie passe par ici », affirme – en exagérant – Cellou. Ce spectacle inattendu dans une contrée relativement enclavée (il faut au moins huit heures, en roulant bien, pour rejoindre Conakry, et douze heures pour atteindre la frontière sénégalaise), il l’explique par « les solidarités peules » et par le fait que « 80 % à 90 % des commerçants guinéens sont du Fouta ».

Quand il a débuté, Cellou a reçu le soutien d’Alpha Amadou Diallo, un notable connu en Guinée sous le nom de Nissan parce qu’il importe cette marque de véhicules. On pourrait aussi l’appeler Yamaha, Samsung ou Marlboro. Longtemps, il a été le principal importateur de riz et de farine. C’est, dit-on, l’un des hommes les plus riches de la sous-région. Le siège de sa société, situé dans la commune de Matam, à Conakry, n’en montre rien. Son bureau est spartiate. La clim utilisée à petite dose. Pour un Peul, dit un dicton, ce qui compte, ce n’est pas ce que tu as dépensé, c’est ce que tu as amassé. 

Internationale peule

Nissan, c’est le parrain des commerçants peuls. L’exemple à suivre. Fils d’un cultivateur, il est parti de rien, à l’âge de 12 ans, en vendant des bricoles. En 1975, il a déjà fait son trou mais n’est pas encore milliardaire. Il fuit le pays, l’interdiction du commerce privé et les purges anti-Peuls du président Sékou Touré. Le début d’un exil de près de dix ans… et de la fortune. Depuis le Liberia, il approvisionne, malgré l’interdit, les commerçants de Labé en produits en tout genre. En 1984, après la mort de Touré, il répond à l’appel de Lansana Conté, qui compte sur la diaspora pour relancer l’économie (on estime alors à 2 millions le nombre de Guinéens vivant à l’étranger, essentiellement des Peuls). Diallo rentre au pays, profite de l’ouverture économique et crée la Société de commerce et de financement (SCF), qui devient un outil de solidarité ethnique. Son réseau de distribution, ce sont ses parents installés à Dalaba, Pita ou Mamou, les principales villes du Fouta.

La renommée d’Alpha Amadou Diallo lui a permis de prendre la tête, en 2006, de Tabital Pulaaku International, une association créée en 2002 à Bamako pour réunir les Peuls du monde entier. Une « internationale peule », en quelque sorte, qui fonctionne avec un bureau de vingt et un membres et dix commissions techniques : éducation et langue, arts et culture, environnement, questions pastorales, affaires des femmes, finances, etc. « Tous les pays y sont représentés et certains gouvernements nous soutiennent », explique, depuis Dakar où il vit en exil, le Gambien Boubacar Baldé, responsable de la coopération internationale.

« Des associations de Peuls existaient dans chaque pays, poursuit, à Conakry cette fois, Alpha Amadou Diallo. L’idée de Tabital Pulaaku, c’est de dépasser les frontières, de valoriser et de défendre la culture peule, et d’harmoniser l’utilisation de notre langue. » Selon l’homme d’affaires, il s’agit aussi d’intervenir partout où des conflits exposent des Peuls, de jouer les médiateurs ou de faire pression sur un gouvernement. C’est une question de survie, dit-il. « Les Peuls sont dispersés partout dans le monde. Et partout ils sont exposés. »

Combien sont-ils au juste ? Et où se trouvent-ils ? « Nous n’avons aucune donnée fiable », admet M. Diallo. On estime à une vingtaine de pays dans le monde leur implantation notoire. Aux États-Unis et en Europe, ils sont fonctionnaires, enseignants, chauffeurs de taxi ou femmes de ménage. À Dakar, Banjul et Bissau, ce sont eux qui font le petit et le grand commerce. Plus au nord, le long du fleuve Sénégal, ils pratiquent l’élevage. Comme au Mali, au Burkina, au Cameroun, au Niger et au Nigeria (le pays où l’on compte le plus de Peuls, environ 20 millions). En Guinée, ils dominent l’économie.

Les Peuls y seraient le groupe ethnique le plus important, même si, sur ce point, un doute subsiste. Le seul recensement comprenant des informations sur l’appartenance ethnique date de 1955, mais aujourd’hui bon nombre de Peuls sont persuadés qu’ils sont majoritaires. 

Incompréhension

Si le sentiment d’appartenir à une seule et même nation peule est peu développé, en Guinée comme au Tchad, en Mauritanie comme au Togo, on s’intéresse tout de même à ce que vivent les frères des pays voisins. « Quand un Peul est victime d’une injustice, c’est toute la communauté qui est touchée », affirme un notable de Labé. Qui se désole : « Partout, nous sommes discriminés. » Les conflits sont nombreux et parfois sanglants, notamment entre les pasteurs (peuls) et les cultivateurs (non peuls). L’un d’eux a particulièrement marqué les esprits. C’était en mai 2012 : près de trente Peuls du Burkina ont péri dans des affrontements avec des Dogons du Mali.

En pays noir, les voici semblables à des fourmis destructrices de fruits mûrs, s’installant sans permission, décampant sans dire adieu.

Amadou Hampâté Bâ, écrivain

À chaque fois, les réseaux sociaux bruissent de rumeurs alarmistes et de discours extrémistes. « Défendons notre langue et notre culture, que beaucoup rêvent de voir disparaître à jamais. Unissons-nous partout sur terre », peut-on y lire. On écrit de Tunis, Bamako ou Washington, et l’on redoute un « génocide anti-Peuls ». Certains établissent un parallèle avec ce qui est arrivé aux Juifs et aux Tutsis. Mais ce discours reste minoritaire. On peut aussi lire ceci : « Étant de la branche du Sénégal […], je me permets simplement de dire que la solution doit passer par une ouverture aux autres plutôt que par une trop forte affirmation de qui nous sommes. »

L’incompréhension entre les Peuls et les peuples sédentarisés est une constante de l’Histoire, comme l’illustre cette description bambara citée par l’écrivain peul malien Amadou Hampâté Bâ : « En pays noir, les voici semblables à des fourmis destructrices de fruits mûrs, s’installant sans permission, décampant sans dire adieu. » Il y a aussi cette insolente réussite, dans le commerce bien sûr, mais aussi dans l’administration, dans les arts… Les Foulbés – autre nom des Peuls – expliquent ces succès par l’importance qu’ils accordent à l’éducation et par leur pratique assidue du Coran. Un argument souvent mal perçu par les autres ethnies, qui y voient une preuve supplémentaire de leur arrogance.

Le sociologue Amadou Bano Barry, un spécialiste des conflits ethniques rencontré à Conakry, ne croit pas au sentiment de supériorité que l’on prête à sa communauté. Mais il admet que c’est ainsi qu’on les juge. « La société peule est très individualiste, explique-t-il. Ce n’est pas le cas des Malinkés par exemple. Chez les Peuls, chacun vit sa vie. Passé un certain âge, on n’obéit plus au paternel. Et comme la réussite est très valorisée, la compétition est féroce. Ce n’est que face à l’adversité que les Peuls se retrouvent. »

Sur ce point, les leaders politiques ont montré leurs limites en Guinée. Face à la tentative de l’entourage de Lansana Conté, durant les dernières années de son règne, de promouvoir des hommes d’affaires soussous, les commerçants peuls ont réagi. Pour la première fois, ils ont décidé de prendre le pouvoir lors de la présidentielle de 2010 et ont cherché un candidat. C’est naturellement qu’ils se sont tournés vers un ancien Premier ministre de Conté, Cellou Dalein Diallo, « le prototype du Peul », selon Barry (« un fils de marabout, très poli, le teint clair, le nez aquilin, qui a réussi et qui est riche »). Depuis, l’unité de façade autour de Dalein a volé en éclats.

La défaite de leur poulain, dans un contexte tendu, et après le massacre du 28 septembre 2009, au cours duquel ils ont eu l’impression d’être particulièrement ciblés par les furieux de Dadis Camara, « a été un choc pour les Peuls, poursuit Barry. Ils ont eu l’impression que tout le monde était contre eux ». L’élection de Macky Sall au Sénégal, qui appartient au sous-groupe peul dit toucouleur, a également été un choc, mais positif celui-là. « À Labé, explique un partisan de Dalein, on a tous fêté sa victoire. Avant, on ne s’intéressait pas trop à ces choses-là, mais depuis quelque temps on se dit que c’est important aussi, le pouvoir politique. »

Le sociologue Amadou Bano Barry promet, dans un futur proche, une multiplication de candidatures de Peuls dans les pays de la sous-région. « Dans notre culture, le pouvoir politique n’a jamais été valorisé. Mais aujourd’hui on sent une vraie volonté de conquête du pouvoir. Cette marche ne s’arrêtera pas », pronostique-t-il. Revendiqueront-ils leur appartenance ethnique ? « Histoire de Peuls, histoire d’idiots, tu ne sais jamais comment ça commence, tu ne sais jamais comment ça finit », écrivait Monénembo. 

Sur la piste des derniers nomades

Ils sont les derniers vrais nomades, les seuls à avoir conservé intact le mode de vie ancestral des Foulbés. On les désigne sous le nom de Mbororos. Faisant fi des frontières, ils accompagnent leurs troupeaux entre le Niger, le sud-ouest du Tchad, le nord du Cameroun, le nord-est du Nigeria, la Centrafrique et le Soudan.

Mais depuis le début des années 2000, la recrudescence des rébellions armées (en Centrafrique notamment) les a contraints à « migrer » vers d’autres zones de pâturage, où ils n’ont pas toujours été bien accueillis. L’arrivée de leurs troupeaux dans les champs et les mares du nord de la RD Congo a ainsi provoqué des tensions avec les populations locales, au point qu’en 2007 le gouvernement congolais a saisi l’Union africaine (UA) et menacé de refouler les nouveaux arrivants hors de son territoire.

Nommé envoyé spécial du président de la Commission de l’UA sur la question des Peuls Mbororos, l’historien et homme politique sénégalais Abdoulaye Bathily est chargé d’évaluer leur situation et de formuler des recommandations. En 2010, une conférence régionale a été organisée à Addis-Abeba avec les représentants des États concernés. Certains leur aménagent désormais des couloirs de transhumance. Mehdi ba, à Dakar

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Par Rémi Carayol, envoyé spécial à Dakar, Conakry et Labé

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