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Tchad : Gali Ngothé Gatta, un élu plus populaire que jamais

Gali Ngothé Gatta. © Abdoulaye Barry pour J.A.

Libéré en avril 2012, le député d'opposition Gali Ngothé Gatta a retrouvé son siège à l'Assemblée. Ses priorités restent la séparation des pouvoirs et l'amélioration du niveau de vie.

Il s’était donné du temps. De longs mois, avant de revenir publiquement sur ses ennuis judiciaires. Gali Ngothé Gatta, 63 ans, député de l’Union des forces démocratiques-Parti républicain (UFD-PR, opposition), avait été arrêté le 4 mars 2012. Puis condamné à un an de prison et à 200 000 F CFA (305 euros) d’amende pour tentative de corruption, détention illégale d’arme et complicité de braconnage de phacochères.

Il n’avait alors cessé de dénoncer une affaire montée de toutes pièces, et de pointer du doigt Haroun Kabadi, le président de l’Assemblée nationale et ex-secrétaire général du Mouvement patriotique du salut (MPS, au pouvoir). Lequel, selon lui, n’avait pas supporté de le voir élu dans la même circonscription lors des législatives de 2010. Relaxé par la cour d’appel de Moundou (Sud) faute de preuves, Gali a été libéré le 24 avril 2012. L’État, qui avait porté le dossier devant la Cour suprême, a été débouté en juillet.

Indépendance

Sur ses pénibles conditions de détention à Sarh (sa ville natale, dans le sud du pays), il n’en dira pas plus. « L’affaire est close », dit-il pour évacuer le sujet. En reconnaissant, tout de même, « une certaine indépendance de la justice ». Depuis cet épisode en tout cas, sa popularité a grimpé en flèche. Au Tchad, tout le monde le connaît. Il est frappant de le voir répondre à chaque sollicitation avec une égale et franche sympathie. Il a retrouvé son siège à l’Assemblée nationale, où il préside la Commission de l’économie et du plan, son domaine.

Les ressources du pétrole doivent être utilisées pour augmenter les salaires.

Dans les années 1970, Gali Ngothé Gatta a étudié l’économie en France, à l’université Paris-Dauphine. Et à l’âge de 26 ans, de retour à N’Djamena, il a travaillé un temps au ministère des Finances, à la direction de la prévision, avant d’enseigner à l’université. « De nombreux projets de loi que nous avons défendus ont été ratifiés depuis un an », se félicite-t-il.

L’élu de l’UFD-PR a également repris sa place au sein de l’opposition, qui a boycotté les débats à la Chambre basse sur le projet de révision constitutionnelle, relative au statut du chef de l’État et à l’inamovibilité des juges, adopté le 12 février. « Qu’est-ce qui justifiait ce vote en urgence ? Nous risquons d’aboutir à une concentration excessive des pouvoirs, menaçant le processus démocratique… » s’inquiète-t-il.

Grogne

Autre cheval de bataille de ce père de famille (7 enfants) : la lutte contre la vie chère. Selon lui, peu de réponses sont données face à la grogne sociale qui persiste depuis un an dans tout le pays (lire p. 72). Et il n’est pas surpris que la journée ville morte – organisée en décembre par une coalition d’associations et de syndicats – ait été aussi bien suivie. « Les ressources du pétrole, en constante augmentation, doivent être utilisées pour augmenter les salaires », revendique Gali Ngothé Gatta. Il explique que le coût de la vie n’est plus tenable pour les Tchadiens, tant les prix des produits de première nécessité ont flambé. En ce moment par exemple, un sac de ciment de 50 kg produit au Tchad est vendu au même prix qu’un sac importé, soit 6 500 F CFA. Même chose pour le sucre tchadien, qui coûte 1 200 F CFA le kilo quand le camerounais, lui, est à 1 100 F CFA.

Pour le député, c’est l’absence de règles commerciales qui conduit à de telles aberrations, les commerçants fixant leurs prix librement. « Les variables extérieures intervenant sur le coût des produits, tel le carburant nécessaire au transport, sont connues mais ne sont pas maîtrisées. Les priorités sont mal définies et les projets économiques pas assez étudiés en amont. » En attendant qu’ils le soient, peut-être, dans le cadre du processus participatif pour le nouveau plan stratégique notamment (lire p. 80), Gali Ngothé Gatta appelle les organisations syndicales et celles de la société civile à la reprise du dialogue politique avec le nouveau gouvernement : « Je ne me bats que pour ce en quoi je crois, la démocratie et l’État de droit. » 

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