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Tchad : Biltine, nouvelle porte du désert

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Journaliste spécialisé sur l'Afrique subsaharienne, il écrit plus particulièrement sur l’Afrique du Sud, la RD Congo et le Rwanda. Anglophone, il s’intéresse aussi aux relations entre les États-Unis et l’Afrique, aux nouveaux « mouvements citoyens » du continent ainsi qu’à la Francophonie.

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La Garde nationale et nomade lors des célébrations, le 19 décembre 2012. © Pierre Boisselet/J.A.

Depuis qu'elle a été désignée pour accueillir la Journée de la liberté et de la démocratie 2012, la petite ville de l'est du Tchad a été dotée de bâtiments et d'équipements. Passé l'événement, reste à savoir comment les rentabiliser.

C’est un petit bourg aux confins du Tchad et du Soudan, au milieu de quelques monts rocheux et de l’immensité plate et aride du Sahel. Avec sa trentaine de milliers d’habitants, Biltine, chef-lieu de la région du Wadi-Fira (à plus de 900 km de N’Djamena), est loin de faire partie des principales villes du Tchad. C’est pourtant ici que l’État a lancé, début 2012, des investissements de plus de 18 milliards de F CFA (27,5 millions d’euros) afin de développer les infrastructures. La ville – où le président Idriss Déby Itno a passé une partie de sa scolarité – a en effet été choisie pour accueillir, en 2012, les célébrations de la Journée de la liberté et de la démocratie, organisée tous les ans en décembre pour commémorer l’arrivée au pouvoir du chef de l’État en 1990.

Centre d’échanges

Comme chaque année, cette fête itinérante a été l’occasion de développer les infrastructures de la cité hôte. Et le changement saute aux yeux des habitués : après plusieurs mois de travaux, la ville compte une nouvelle école, un lycée, un aérodrome, un hôpital et un stade – qui devraient être achevés en 2014 -, ainsi qu’une trentaine de « villas » flambant neuves.

Mais la plus importante réalisation reste sans conteste le nouveau marché central. Dans cette région où l’élevage, notamment de dromadaires, constitue la principale activité économique, Biltine, cité étape entre Abéché (la ville la plus importante de l’est du Tchad) et la Libye, pourra ainsi tenir plus dignement son rang de centre d’échanges. Surtout, une route goudronnée, dont la construction a débuté fin 2012, devrait bientôt relier Abéché à la frontière avec le Soudan, située à une centaine de kilomètres, en passant par Biltine. La réconciliation avec le voisin de l’Est, conclue en 2009 après des années de guerre par rébellions interposées, laisse donc espérer un renouveau commercial.

Vers la Libye, en revanche, l’horizon s’assombrit. Le pays – un débouché traditionnel de l’élevage de dromadaires – a décidé, mi-décembre 2012, de fermer ses frontières avec tous ses voisins du Sud en raison de troubles sur son territoire. « Je ne suis pas particulièrement inquiet pour le commerce, assure néanmoins un fonctionnaire N’Djamenois. C’est le désert. Les Libyens ont fermé les postes frontières, mais ils ne pourront pas tout contrôler. »

Pas assez développé

Les habitants de Biltine se réjouissent, bien sûr, des nouvelles réalisations. Dans cette ville qui a vu naître l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh, disparu en 2008 dans des circonstances restées obscures, même les adversaires du pouvoir reconnaissent les avancées. « Oui, c’est une bonne chose, confie l’un d’eux. Mais le président aurait dû faire cela il y a déjà bien longtemps. » Les habitants doutent en revanche que ces infrastructures suffisent à entraîner le développement de la région.

Quelles manifestations le futur stade accueillera-t-il ? Et dans cette ville où, de l’aveu du maire, Habib Adoudou, « le tourisme n’est pas assez développé », à quelle occasion l’hôtel affichera-t-il de nouveau complet, maintenant que les célébrations sont finies ? Le gouvernement espère que des touristes en provenance des pays du Golfe débarquent prochainement. Mais le luxe auquel ils sont habitués et la rareté des divertissements proposés à Biltine peuvent faire douter de leur venue en masse. Restent les compagnies minières, que les autorités espèrent voir bientôt sillonner la région à la recherche de nouveaux gisements. Le potentiel aurifère de la préfecture, connu depuis des décennies, n’est pour le moment pas exploité. Voilà qui pourrait véritablement changer le quotidien des habitants. 

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