Dorra Bouzid : une Tunisienne tout feu, tout femme

Dorra Bouzid a marqué l'histoire de la presse tunisienne. © Facebook

Dans un documentaire de Walid Tayaa, la féministe tunisienne Dorra Bouzid revient sur une vie de lutte et de passion.

Ni amazone ni suffragette, Dorra Bouzid est d’abord une Tunisienne de son temps. Walid Tayaa, cinéaste de la génération qui s’est libérée de la dictature, a tourné l’oeil de sa caméra vers la militante, témoin et actrice du passage de la colonisation à l’indépendance. Pour le réalisateur de Dorra Bouzid : une Tunisienne, un combat, « cette démarche est essentielle pour sauvegarder et réhabiliter notre mémoire nationale ». Résultat, les 54 minutes consacrées à un parcours aussi riche que singulier prennent valeur de symbole au moment où les droits et les acquis des Tunisiennes sont fragilisés. Le témoignage de Dorra Bouzid, accompagné d’archives, remet les pendules à l’heure : la promotion de la cause féminine dans le pays n’a pas relevé de la seule volonté de Bourguiba, mais aussi de celle des femmes qui avaient accompagné la lutte nationale.

Touche-à-tout

La fille spirituelle de l’écrivain Mahmoud Messadi – second époux de sa mère, Cherifa – a toujours été libre, atypique et éclectique. Les témoignages de ses proches révèlent la fougue d’une militante qui n’agit qu’avec passion. Brillante touche-à-tout, l’auteure d’École de Tunis, ouvrage de référence sur la peinture tunisienne contemporaine, a aussi été la première femme pharmacien d’officine et sérologue de son pays. Mais elle est surtout connue pour son activité journalistique. Avant de fonder certains des premiers titres féminins et féministes de la presse arabe, dont Faiza, elle a collaboré, sous le pseudonyme de Leïla, à l’hebdomadaire L’Action (qui deviendra Jeune Afrique). L’un des articles qu’elle y publie, « Pardonnez-nous, Mme Hached » – écrit pour attirer l’attention sur la situation précaire de la famille du syndicaliste Farhat Hached -, marquera la presse tunisienne.

Dans le documentaire de Walid Tayaa, Dorra Bouzid se raconte, justifie ses luttes, fait revivre des figures historiques, dont Farhat Hached, mais aussi des lieux, comme l’appartement familial de l’avenue de Paris ou le laboratoire de l’hôpital Habib-Thameur. Un éclairage sur l’édification de la Tunisie moderne.