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Zakaria Laya : mécanicien du corps

Zakaria Laya à Saint Quentin. Multidiplômé, ce Tchadien est devenu le chef du service de chirurgie orthopédique et de traumatologie de l'hôpital de Saint-Quentin, en Picardie. Décembre 2012. © Bruno Lévy/J.A.

Multidiplômé, ce Tchadien est devenu le chef du service de chirurgie orthopédique et de traumatologie de l'hôpital de Saint-Quentin, en Picardie.

On ne peut pas le manquer. À la sortie de la vieille ville, le centre hospitalier général (CHG) de Saint-Quentin s’élève, imposant sa stature massive au milieu des habitations paisibles de cette commune située à une heure de train de Paris. C’est le plus important complexe médical de la Picardie, région du nord de la France.

Dans ce dédale de verre et de béton, le docteur Zakaria Laya, 51 ans, n’est pas un anonyme. Trouver celui que le personnel décrit comme un homme sympathique, affable, n’est donc guère difficile. Blouse blanche de rigueur, le chirurgien à la chevelure grisonnante est plus habitué à se déplacer qu’à recevoir. Dans les chambres du service de chirurgie orthopédique et traumatologique, qu’il dirige, ou au bloc opératoire, où il répare inlassablement des articulations abîmées. Le reste du temps, il parcourt des kilomètres afin d’assister le procureur de la République qui le sollicite pour des expertises médico-légales. Une spécialité que le praticien a ajoutée à sa formation « parce qu’après la mort il faut quand même le médecin ». Cette compétence supplémentaire, acquise dans sa quarantième année, n’est que l’un des jalons posés dans une carrière que le chirurgien affirme avoir construite instinctivement. Cette réussite acquise dans le labeur, il est fier de l’afficher : dans son bureau, aux côtés de la carte géante de son Tchad natal qui orne le fond de la pièce, figurent tous les précieux diplômes accumulés, tels des trophées. Douze, comme les travaux d’Hercule.

Exil

Dans l’adolescence, les troubles qui surviennent au pays ébranlent les rêves d’études supérieures. En 1978, Zakaria Laya a 17 ans, et il n’est qu’en seconde quand surviennent les premières manifestations de la révolution. Pendant les trois années qui suivent, les cours sont suspendus jusqu’à l’éclatement de la guerre, en 1981. Cette date sera celle de l’exil. « Ce sont les efforts de ma famille, surtout ceux de mon grand frère et de son épouse qui m’ont permis de venir en France afin de poursuivre mon cursus », témoigne le chirurgien avec gravité. Il faut alors engager une difficile bataille pour rattraper le retard accumulé malgré lui. Durant la période d’exception, le lycéen sans école qu’il était s’est formé comme il a pu, seul. Chaque fin d’année, il passait en classe supérieure. Arrivé à Paris au niveau de la terminale, le redoublement lui est imposé avant le passage du baccalauréat français. Commence alors un long processus de sélection propre à la voie que le bachelier s’est choisie, encouragé par son aîné, Brahim, aujourd’hui médecin général de l’armée tchadienne. Médecine, avec un penchant affirmé pour la biomécanique.

« Tout petit déjà, je démontais la radio de mon père et j’essayais de la réparer, se remémore le docteur. J’ai choisi la chirurgie, parce que les résultats sont nets et rapides, et l’orthopédie comme spécialité parce qu’elle a ceci de simple : si vous réussissez votre opération, la radio est là pour le dire. Et ça se voit sur les gens en les regardant marcher ! » L’écrémage a lieu dès la première année, réputée la plus ardue. « Sur 900 candidats, on n’en prenait que 85, et parmi ce petit nombre il n’y avait que cinq places pour les étudiants étrangers, comme moi », commente le « miraculé ». Puis le concours de l’internat intervient au bout de la sixième année : « Là encore, sur 4 000 candidats régionaux, seuls 600 ont été retenus. Et il fallait encore un classement favorable pour pouvoir choisir sa spécialisation. »

Les portes s’ouvrent au centre hospitalier universitaire (CHU) d’Amiens, où s’enchaînent le doctorat de médecine, le diplôme de chirurgie générale, d’orthopédie, de médecine légale et d’expertise médicale. Puis vient la candidature pour devenir chef de clinique : « Nous étions sept pour deux places. » Il l’emporte. En 2000, quand le chef de service sortant au CHG de Saint-Quentin prend sa retraite, c’est au docteur Laya que l’on fait appel.?Au cours de cette seconde vie, ce père de trois filles marié à une Française s’est enraciné en terre picarde. Mais le pays n’est jamais loin. Avec d’autres immigrés tchadiens et au travers de l’association Enfance Tchad Espoir (ETE), le chirurgien fait acheminer du matériel médical dans des établissements hospitaliers du pays. Et, régulièrement, il y retourne avec femme et enfants pour rendre visite à sa mère restée à Bongor, dans le Mayo-Kebbi (Sud-Est).

S’agissant du secteur médical de son pays, l’orthopédiste préfère s’impliquer en opérant, dans un cadre humanitaire, plutôt que d’en parler : « Le système est à réorganiser, se borne-t-il à commenter. Il faut prendre en compte ce qui existe et l’améliorer. C’est à ceux qui y travaillent d’exprimer la demande, et à nous, la diaspora, d’apporter un complément. »

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