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Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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À quoi sert une visite officielle de chef d’État ? À nouer, ou à entretenir, une relation. À illustrer les grands principes, et donc les choix, d’une politique étrangère. À raffermir, ou à conquérir, des positions, donc à signer des contrats. Mais une visite de chef d’État constitue surtout un excellent indicateur de l’intérêt porté par une nation à une autre – ou à une zone géographique. S’agissant de l’Afrique, continent hier maudit, et aujourd’hui, de manière non moins excessive, béni des dieux et courtisé, trois exemples récents en disent long sur l’importance que lui accordent ses trois principaux partenaires.

Xi Jinping, le nouveau président chinois, affiche clairement ses ambitions : contester la puissance occidentale en nouant une alliance stratégique avec les autres membres des Brics (Brésil, Russie, Inde et Afrique du Sud). Cette alliance a été scellée à Durban, en cette fin mars, deuxième étape d’un périple subsaharien entamé à Dar es-Salaam (Tanzanie), quelques jours après sa prise de fonctions officielle, et achevé à Brazzaville (Congo). Le message est clair, et partout identique : la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique ; elle entend le rester car elle a grand besoin de ses ressources naturelles, et souhaite y affirmer sa puissance. Ce qui ne l’empêche nullement d’entendre les critiques qui fusent depuis quelque temps : prédation économique, corruption, violation des droits de l’homme… Et de tenter d’y répondre. C’est dans cet objectif que Xi Jinping a passé près de deux jours dans chacun des pays visités.

Au même moment, Barack Obama a fait un tout autre choix, presque humiliant pour des Africains, qui, en 2008, attendaient beaucoup – trop ? – de son élection et… n’ont pas vu venir grand-chose. En accordant à un « package » de quatre chefs d’État parmi les plus méritants d’un point de vue démocratique (Sénégal, Malawi, Cap-Vert, Sierra Leone) une audience commune et sans autre intérêt pour nos chefs que de ramener une photo-souvenir du Bureau ovale, comme une relique après un pèlerinage, il a envoyé un très mauvais signal. L’Afrique ne compte guère, et les États-Unis ont d’autres chats à fouetter. Seule récompense pour les bons élèves : une visite groupée de la Maison Blanche, une poignée de main avec la star interplanétaire… Emballez, c’est pesé !

Quant à notre explorateur des abysses de l’impopularité qu’est devenu François Hollande, le programme de sa visite au Maroc, les 3 et 4 avril, illustre à merveille l’immobilisme de sa doctrine africaine. Au pas de charge, du début à la fin : dix-neuf « événements » ou rendez-vous programmés en un jour et demi ! Et un manque d’originalité confondant : inauguration d’une station de traitement des eaux, visite de la mosquée Hassan-II, rencontres express avec des responsables d’institution, des représentants de la société civile, des chefs d’entreprise, des étudiants… Bref, surtout pas de vagues, du damage control permanent, pas de dynamique ni de ligne directrice autre qu’un sempiternel exercice d’équilibriste entre le royaume et son voisin algérien. Et on s’étonnera après ça que la Chine et les pays émergents taillent des croupières aux Occidentaux !

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