Livres : et il est comment le dernier… Mia Couto ?

Il existe une catégorie de livres que l’on pourrait rassembler sous le vocable « roman d’ambiance ». Comme un jazz poli diffusant ses notes depuis un lieu indéterminé, le roman d’ambiance berce, enlace, séduit à grand renfort de phrases souples et rondes mâtinées de gentille poésie. Poisons de Dieu, remèdes du diable, du Mozambicain Mia Couto, entre dans cette catégorie.

Dans le huis clos tropical d’une ville nommée Vila Cacimba, l’auteur célébré de L’Accordeur de silences organise la rencontre entre un médecin portugais, Sidónio Rosa, et la famille du vieux et agonisant Bartolomeu Sozinho, son épouse dona Munda et sa superbe fille, Deolinda. Ou plutôt : le fantôme très présent de sa fille, qui n’est d’ailleurs peut-être pas sa fille, puisque les récits des uns et les versions des autres se carambolent jusqu’à ce qu’on ne sache plus où l’exacte vérité se trouve. Mais qu’importe le gris triste du réel, ici la magie a posé ses doigts de fée pour en magnifier aussi bien la beauté que la cruauté. Avec talent, Mia Couto tisse une atmosphère onirique où le monde se transforme « en une toile aqueuse » où notre pauvre docteur ne peut pas tout comprendre. « C’est cette même rue de sable qu’il parcourt en ce moment comme si c’était un terrain miné. Cela saute aux yeux : c’est un Européen qui marche dans les profondeurs de l’Afrique. Son pas est calculé, presque sur la pointe des pieds, son regard prudent. Il n’a pas confiance, il ne gouverne pas son ombre », écrit Couto

Si l’on succombe vite au charme de cette écriture enjôleuse, comme chloroformé par les jolies trouvailles d’auteur qui rappellent à chaque instant que tout cela n’est que littérature, on en oublie parfois de croire à ces personnages qui évoluent dans une brume floue de bons mots et d’attitudes romanesques. L’agacement peut poindre, aussi, quand s’accumulent les phrases définitives du genre : « Et elle soupire en conclusion : pour une femme il y a deux moments heureux au lit : le premier, quand l’homme se jette sur elle, et le deuxième, quand l’homme n’est plus sur elle. » Ou bien encore : « Aimer, dit-il, c’est être toujours en train d’arriver. » N’est pas Gabriel García Márquez qui veut et il faut se méfier : entre la musique d’ambiance et celle d’ascenseur, la distance est parfois ténue…

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Poisons de Dieu, remèdes du diable, de Mia Couto, traduit du portugais par Élisabeth Monteiro Rodrigues Métailié, 172 p., 17 euros.