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"Cet article est issu du dossier" «Le Gabon change-t-il vraiment ?»

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Gabon : l’art et la critique

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Le Gabon souffre, toutes proportions gardées, des mêmes maux que la France. Comment réformer un pays, et donc expliquer à ses citoyens qu’il serait sérieusement temps de se retrousser les manches, quand les habitudes surannées de ces mêmes citoyens (classes moyennes et élites, évidemment) agrippés à leurs acquis et pour qui le mot travail ressemble à un outrage, sont aussi complexes à faire oublier que d’essayer de converser avec un ami sous iboga ? Petite précision : au Gabon, le salaire minimum est le double de ceux pratiqués ailleurs en Afrique centrale (ne parlons même pas de l’Afrique de l’Ouest), mais on y est nettement moins productif… 

À Libreville comme à Paris, la réforme semble ne dépendre que du politique. La croissance ? Le problème d’Ali Bongo Ondimba ou de François Hollande, certainement pas celui des milliers de chefs d’entreprise. La compétitivité, la recherche, l’innovation ? Idem. Se frotter à des concurrents chaque jour plus menaçants et bien plus dynamiques ? Presque dégradant. Sous l’équateur comme au coeur de l’Europe, secouer le cocotier de nations endormies, étouffées par leur morgue et confrontées à un monde en perpétuel mouvement sans que cela les émeuve relève de la mission impossible.

Ajoutons à cela des partis politiques irresponsables, incapables de reconnaître les mérites d’un adversaire et qui ne savent que seriner, dans un réflexe quasi pavlovien, critiques et procès en incompétence, réticents à toute union nationale quelle que soit la cause, et tant pis si celle-ci ne supporte pas les querelles partisanes, et l’on aboutit, dans un cas comme dans l’autre, à la seule issue possible dans de telles conditions : l’inertie, et donc le recul.

François Hollande est trop mou, Ali Bongo trop fougueux. L’un ne sait pas où il veut aller, l’autre est obstiné. Leurs prédécesseurs, pourtant souvent critiqués voire vilipendés et dans les deux cas aux tempéraments fort différents, deviennent subitement des parangons. Les électeurs ont la mémoire courte. Il n’est point question ici d’exonérer nos dirigeants de leurs responsabilités, qui sont immenses. Il leur incombe, pour l’essentiel, de fixer un cap, ce qui suppose d’élaborer une vision et donc un projet pour leur pays et de fournir le cadre adéquat à la réalisation de ce dernier.

Dans le cas d’Ali Bongo Ondimba, le cap et la vision, exprimés dès sa campagne pour la présidentielle de 2009, sont clairs. Mais après des débuts tonitruants, dans un pays guère habitué à une telle remise en question, il apparaît désormais clairement que sa politique nécessite une relance, un second souffle. Passé l’effet de surprise et l’engouement suscité par ses promesses électorales, les mauvaises habitudes, notamment au sein de la fonction publique, sont revenues au galop, et la concrétisation, c’est-à-dire les effets directement mesurables par la population, en particulier les plus démunis, tarde à se faire sentir. Il faut pourtant sans cesse prouver, matérialiser les avancées pour convaincre, gagner du temps (pour pouvoir agir), car celui des politiques n’est jamais celui des citoyens. 

Les dirigeants doivent donc rendre des comptes. Ils n’échappent jamais à la critique, populaire ou médiatique, sport le plus pratiqué de notre planète. Cela fait partie de leur métier, et ils ne peuvent s’en plaindre. L’exercice perd cependant tout son sens quand ceux qui s’y adonnent ne s’incluent pas dans cette réflexion et ne se demandent jamais ce qu’eux pourraient faire pour apporter leur écot au changement qu’ils attendent. À l’Élysée comme au Palais du bord de mer, peut-être a-t-on besoin d’aide…

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