Chine : Jack Ma, empereur du Net

Écrit par Sébastien Le Belzic, à Pékin

Pendant une conférence à Hong Kong, en mars 2012. © SIPA

Le fondateur d'Alibaba, un géant du commerce en ligne, vient, à 48 ans, de prendre sa retraite. Il est à la tête d'une fortune estimée à 2,6 milliards d'euros.

On le compare souvent à Bill Gates ou à Steve Jobs. Lui préfère évoquer sa passion pour la pêche à la crevette ou les arts martiaux. Fondateur d’Alibaba, géant mondial du commerce en ligne, Jack Ma, qui, dans une autre vie, fut professeur d’anglais, vient de tirer sa révérence. À 48 ans, il quitte la direction générale du groupe qu’il a fondé en 1999, mais en conserve la présidence, fonction non opérationnelle. Le montant de sa fortune est estimé à 3,4 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros).

Comme Facebook en 2012, Alibaba sera prochainement coté en Bourse – aucune date n’a encore été fixée. Les spécialistes valorisent d’ores et déjà le groupe entre 60 milliards et 100 milliards de dollars. À l’origine, l’objectif de Ma était simplement de permettre à des PME de vendre leurs produits ou de trouver des fournisseurs. Austère mais pratique, son site a grandi aussi vite que l’économie chinoise et s’est peu à peu imposé dans toutes les activités de sourcing. Il regroupe aujourd’hui plusieurs dizaines de millions de professionnels. En 2003, ses géniteurs lui ont donné un petit frère, Taobao (« chasse aux trésors » en mandarin), un site de vente entre particuliers, qui, en dix ans, s’est hissé au rang d’Amazon avec plus de 800 millions de produits et 500 millions d’utilisateurs. Dix des seize millions de colis livrés chaque jour en Chine sont des commandes passées sur l’un des sites de Jack Ma.

Symbole

En 2005, pressentant le bon filon, l’américain Yahoo! a investi 1 milliard de dollars dans Alibaba. Sept ans plus tard, ce dernier a racheté la moitié de cette participation pour 7,6 milliards. Quel meilleur symbole de l’émergence des groupes chinois sur la scène internationale ? Car Alibaba n’est pas le seul géant de l’internet chinois (720 millions d’utilisateurs). Trois autres groupes – Tencent, Baidu et Sina – comptent aujourd’hui parmi les plus importantes capitalisations boursières de la planète. Google, Facebook, Twitter, eBay ou Amazon se sont tous cassé les dents en Chine. Les quatre géants locaux règnent sans partage sur leur marché, de plus en plus lucratif et diversifié.

À preuve, Alibaba se lance désormais dans la téléphonie mobile, Tencent tente de conquérir le monde avec son application WeChat, Baidu met le cap sur l’Afrique et Sina reste la star incontestée du microblog, en Chine et bientôt dans toute l’Asie. « Tous les groupes de l’internet chinois cherchent à se diversifier, confirme John Kwan, analyste à Hong Kong. Le marché national reste leur priorité, mais ils regardent de plus en plus vers l’étranger, notamment l’Afrique et l’Asie du Sud-Est. Ils ont la technologie et le savoir-faire indispensables pour s’imposer sur les marchés émergents. »

« On assiste à la naissance d’une société d’entrepreneurs dont une grande part est composée de jeunes Chinois partis étudier à l’étranger et qui reviennent parce que les financements sont disponibles en abondance dans leur pays », explique pour sa part le Français Alexis Bonhomme, chargé du développement international de Tencent. L’un de ces petits génies du Net deviendra-t-il un jour le nouveau Jack Ma ? Pourquoi pas.

« L’homme qui a changé la vie des Chinois », comme l’écrivait récemment un quotidien américain, reste en effet un symbole. Liu Shiying, son biographe, qui le voit comme « un visionnaire », parle à son propos d’un « esprit pionnier au service des besoins populaires ».

Le visionnaire va pouvoir à présent se consacrer à l’école de taï-chi-chuan qu’il vient de créer avec une autre légende chinoise, l’acteur Jackie Chan.