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Benflis, Mokri et les robots américains

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Décidément, l’hydre des Frères musulmans ne recule devant rien. Il n’est point ici question de l’instauration d’un sixième Califat, ni de l’inscription de la sacro-sainte charia dans la Constitution, ni même de l’embastillement de « sextrémistes » Femen. Non, il s’agit ici d’un simple sondage internet mis en ligne sur notre site jeuneafrique.com, entre le 3 et le 12 juin. Principale question posée : « Qui souhaiteriez-vous voir accéder à la présidence algérienne après Bouteflika, dont le mandat expire en avril 2014 ? » Personnalités proposées : d’anciens Premiers ministres (Abdelaziz Belkhadem, Ahmed Benbitour, Ali Benflis), l’actuel détenteur du poste, Abdelmalek Sellal, et deux islamistes, Amar Ghoul et le nouveau patron du Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex-Hamas), Abderrazak Mokri. Résultat : un duel, Benflis versus Mokri. Rien d’illogique, le premier nommé dispose de nombreux atouts dans la course au fauteuil présidentiel, dont le moindre n’est pas sa réputation d’ouverture et d’intégrité. Quant au second, issu du courant des Frères musulmans, il incarne à lui seul la rupture de son parti avec la stratégie de l’entrisme chère à son prédécesseur à la tête du MSP, Bouguerra Soltani. Et puis un Frère, en Afrique du Nord, normalement, ça gagne… sauf en Algérie, chat échaudé craignant l’eau froide.

Notre sondage a suscité un engouement sans précédent. De quoi faire sauter les serveurs de la National Security Agency (NSA). Nombre de votants : 314 297. Du jamais vu de mémoire de jeuneafrique.com. Bizarrement, l’audience explose en pleine nuit. Évidemment, malgré une fierté certaine que nous peinons à dissimuler, celle d’être aussi suivis et consultés, nous tiquons. Vérification faite, nous nous apercevons que nos gentils islamistes, qui prônent pourtant le strict respect des valeurs édictées par le Coran, quitte, souvent, à confondre et à cumuler les rôles de législateur, policier, juge et bourreau, n’ont pas hésité à tricher pour permettre à leur champion de l’emporter. Rappelons qu’il ne s’agit pas là du scrutin présidentiel mais d’un simple sondage internet…

Une fraude massive, représentant plus de 190 000 votes, dont une petite partie en faveur des autres concurrents de Benflis, émis à partir de quatre adresses IP (Internet Protocol) correspondant… à des robots situés aux États-Unis ! Plus précisément en Floride, au Texas, dans le Michigan et en Californie. Le pire, dans l’affaire, c’est qu’en dépit de l’entourloupe Mokri n’arrive même pas à écraser son adversaire. Il recueille 35 % des voix, derrière Benflis (37 %), qui, les votes frauduleux retranchés, atteint 87 % des suffrages. Morale de l’histoire : les Frères sont prêts à tout, mais, pour l’instant, ne réussissent pas grand-chose…

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