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Webdocumentaire : Tombouctou libérée, mais Tombouctou brisée

Quatorze mausolées ont été rasés (ici celui de Sidi Mahmoud). © Eric Feferberg/AFP

Selon une mission d'enquête de l'Unesco au Mali, Tombouctou a davantage souffert de l'occupation jihadiste qu'on ne l'avait redouté. Jeune Afrique vous propose de voyager à travers la "Ville aux 333 saints" grâce à un webdocumentaire.

Un crime contre le patrimoine de l’humanité. Lazare Eloundou Assomo, le chef de l’équipe d’experts qui s’est rendu sur les lieux, l’a constaté : « La destruction infligée au patrimoine de Tombouctou est encore plus alarmante que ce que nous pensions. » Le 2 avril 2012, les jihadistes d’Ansar Eddine et d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) s’étaient emparés de l’antique cité. Ces militants de l’islam le plus rigoriste ont décrété que la vénération des saints de Tombouctou était un grand sacrilège. À coups de pioche et de marteau, ils ont commencé à abattre les mausolées où les sages du Sahara devaient reposer pour l’éternité. La libération de la ville par les troupes françaises, le 28 janvier 2013, a permis à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) d’aller évaluer les dégâts.

« Nous avons été atterrés par le nombre et l’ampleur des destructions qui dépassaient nos estimations, explique Bandiougou Diawara, du Centre du patrimoine mondial de l’Unesco. Nous pensions que 11 biens avaient été touchés, ce sont en fait 14 mausolées qui ont été intégralement rasés. Nous avions prévu la destruction de 2 000 à 3 000 manuscrits, il en manque en réalité 4 200. Les trois musées ont été totalement pillés, nous ne nous y attendions pas, et la vieille ville a aussi souffert des combats. »

Sur les 16 mausolées inscrits au patrimoine mondial, 9 ont été anéantis et les 2 qui se dressaient dans l’enceinte de la mosquée de Djingareyber, également classée, ont connu le même sort. La « ville aux 333 saints » compte des dizaines de ces tombeaux monumentaux, mais ceux qui ont subi les foudres salafistes étaient parmi les plus beaux et les plus prestigieux. Senghor voyait dans cette cité l’expression de « la civilisation africaine la plus riche, sinon la plus brillante, parce que la plus humaine » ; Tombouctou a été meurtrie dans sa chair d’argile sèche.

 

Cliquez sur l’image pour voir aussi le webdocumentaire Tombouctou dans la tourmente

 

Générosité

« L’Unesco a sauvé les temples d’Égypte et reconstruit le pont de Mostar. L’Unesco reconstruira les mausolées du Mali », a déclaré sa directrice générale, Irina Bokova. Un plan d’action évalué à plus de 8 millions d’euros, budget exceptionnel auquel l’institution ne pourra contribuer que modestement. Sa situation financière est en effet critique depuis que les États-Unis ont interrompu le versement de leur cotisation à la suite de l’admission de la Palestine comme État membre.

L’Unesco en appelle donc à la générosité des États et des institutions : l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), l’Union européenne, la France et la Norvège se sont déjà engagées. Ainsi que le Qatar, qui avait été soupçonné de soutenir les jihadistes sahéliens. La nécessité de lever des fonds explique-t-elle l’alarmisme de l’organisation ? « Si nous devons sensibiliser l’opinion et mobiliser la solidarité internationale, le ton de notre communiqué reflète les préoccupations des experts, réplique Diawara. Et il y a des dommages qu’on ne répare pas avec des millions de dollars : le patrimoine immatériel a été atteint, la population a été traumatisée par ce vandalisme et il y a un vrai travail de reconstruction morale à effectuer. » 

 

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