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Marie Théophane Nang : l’énergie de bâtir

Son métier permet d'allier © Bruno Levy pour J.A.

Fille de diplomate, l'architecte a mis à profit le nomadisme de ses jeunes années pour se construire à travers son métier. Le credo de Marie Théophane Nang : "faire et bien faire".

À l’évidence, son enfance placée sous le signe du voyage n’est pas étrangère à sa vocation. « Mon père étant diplomate, nous changions souvent de pays. Du coup, je ne savais jamais où j’allais être le lendemain. J’ai donc choisi d’être architecte, sachant que je pourrais exercer ce métier quel que soit l’endroit où je me trouverais. On a besoin de construire partout, et l’architecture est une technique universelle qui permet de créer une unité de lieu et un espace organisé, ce dont j’avais besoin pour concilier nomadisme et sédentarité », explique Marie Théophane Nang.

Cette Camerounaise d’origine, aînée d’une fratrie de sept enfants, a passé les vingt premières années de sa vie dans diverses capitales : d’abord à Yaoundé, où elle naît le 23 mars 1963, puis à Brazzaville (Congo), où elle apprend le lingala, sa « première langue africaine » – elle apprendra plus tard l’ewondo, la langue de ses parents -, et Bangui (Centrafrique). Retour ensuite à Yaoundé avant d’atterrir à Paris en 1979, où elle fréquente le cours Bossuet-Notre-Dame puis l’Institut Sainte-Thérèse, tout en étant pensionnaire chez les religieuses. De son passage dans ces écoles catholiques, « une formation exigeante, tournée vers l’excellence », elle a gardé un goût prononcé pour les églises, où elle ressent « la vie au-delà de la vie ». Un besoin de spiritualité qui la conduira, plus tard, sur les chemins de Compostelle.

D’autres motivations expliquent aussi son choix. Très tôt, cette douée en maths aspire à une profession où l’on peut allier « l’art et la technique, le rêve et le concret ». Après avoir passé un bac C, elle s’inscrit à l’Unité pédagogique d’architecture (actuelle école d’architecture Paris-Villemin), d’où elle sort en 1988 diplômée par le gouvernement (DPLG). Ce qui lui permet de trouver un terrain d’entente avec son père, ingénieur en travaux publics, qui la voyait ingénieure.

Parce qu’elle veut s’installer au Canada, pays forestier comme son Cameroun natal, elle passe un DESS d’ingénieur en structure bois en 1990. Mais se sédentarise en France, après avoir rencontré Philippe, son compagnon, avec lequel elle aura deux enfants.

À partir de 1989, année de la création d’Arke Tekne, son studio d’architecture, elle enchaîne les chantiers, petits et grands. En tant que sous-traitante pour des entreprises de construction et des cabinets d’architecture tels que Siporex, Lobjoy & Associés, Anthony Béchu, Bouygues International, Vinci Immobilier… ou en direct via son agence.

Quelque vingt-cinq ans plus tard, quel bilan ? « Je suis passée de l’exécution à la conception. En gros, de la technique pure à l’architecture. » Ses réalisations ? De l’architecture commerciale (commerces et entrepôts) et industrielle (usines), des bureaux, des résidences d’étudiants, des villas et des immeubles. Du neuf mais aussi de la rénovation de bâtiments classés, une de ses spécialités, dont la reconstruction d’un monument historique place Vendôme ou la restructuration de l’Olympia, à Paris. Actuellement, elle planche sur un programme de maisons passives à Créteil (Val-de-Marne), dont le but est de réduire les dépenses d’énergie.

Les questions thermiques, énergétiques et acoustiques sont en effet au coeur de ses préoccupations. Ce sont d’ailleurs ses origines africaines qui l’ont amenée à s’y intéresser. « Quand je suis arrivée en France, j’avais froid. Je me suis donc préoccupée de construire des enveloppes thermiques efficaces et peu coûteuses, pour diminuer les frais de chauffage », indique-t-elle. Et son amour pour le bois ? « En vingt ans, j’ai réussi à caser du bois dans quelques projets. Ce n’est pas facile de le faire accepter à la maîtrise d’ouvrage, mais il a de bonnes performances techniques et énergétiques et permet de gérer le problème de la surcharge pour les fondations. » Enfin, la récupération et la valorisation des déchets, un des génies de l’Afrique, font partie de ses combats.

Ses techniques, elle souhaite les appliquer dans des projets architecturaux en Afrique, au Cameroun notamment, où elle retourne fréquemment. En outre, depuis des années, elle milite dans des associations de la diaspora – voire en a dirigé certaines – où elle encourage les jeunes à l’entrepreneuriat. « Quel que soit l’endroit où l’on est, il faut faire et bien faire. » Un défi qu’elle relève au quotidien sur les chantiers, où le fait d’être une femme noire n’est pas un obstacle. « Les ouvriers sont à 70 % des migrants. Ils voient que je suis l’une des leurs. Réussir ensemble est pour nous une exigence. »

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