Sénégal : réciprocité des visas, même tarif pour tous

Certains craignent une baisse de la fréquentation qui coûterait 160 millions d'euros. © Youri Lenquette

Longtemps attendue par l'opinion publique, la mesure de réciprocité des visas entre en vigueur le 1er juillet. Mais elle suscite déjà l'inquiétude des professionnels du tourisme.

Maintes fois envisagée puis reportée, la mesure de réciprocité à l’égard des ressortissants des pays qui exigent des Sénégalais un visa sera en vigueur ce 1er juillet. Pour entrer sur le territoire, les touristes et visiteurs français, belges, espagnols, américains ou italiens devront désormais solliciter un visa biométrique dont le coût sera de 50 euros pour un séjour inférieur à quatre-vingt-dix jours.

Évoqué depuis 2010, cet ajustement marque la volonté de rééquilibrer une relation devenue bancale entre le Sénégal et les principaux pays de l’espace Schengen, dont les ressortissants étaient jusqu’ici autorisés à entrer dans le pays sur présentation d’un simple passeport. À l’inverse, les citoyens sénégalais sont confrontés à un durcissement draconien des critères d’obtention d’un visa pour l’Europe ou l’Amérique du Nord. Sans parler des conditions d’accueil de plus en plus dégradées dans les consulats.

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Au lendemain de l’élection de Macky Sall, cette tendance a connu des illustrations retentissantes qui ont provoqué un vif émoi dans l’opinion publique. En juin 2012, le chanteur Thione Seck s’est vu refuser son sésame pour la France. Un mois plus tard, le professeur Oumar Sankharé, deuxième Africain agrégé en grammaire française après Léopold Sédar Senghor, a subi, lui aussi, l’humiliation d’un refus, provoquant une nouvelle vague d’indignation.

Annulations

C’est dans ce contexte que le gouvernement avait annoncé, fin 2012, l’adoption d’une loi de réciprocité. Une réponse du berger à la bergère qui comporte, toutefois, bon nombre de risques pour un pays dont le tourisme est l’un des poumons économiques. Selon les professionnels du secteur, cette nouvelle disposition risque de se traduire par un manque à gagner qui affectera toute l’économie du pays. Or la destination est déjà en nette perte de vitesse.

Soumis à la concurrence des pays du Maghreb et des Caraïbes, handicapé par les taxes aéroportuaires les plus élevées du continent et dépourvu d’organisme de promotion du tourisme, le pays voit son taux de fréquentation s’éroder au fil des ans. « Cette décision ayant un impact sur un secteur prioritaire, il aurait été souhaitable d’organiser une concertation préalable avec les acteurs concernés », déplore Mamadou Racine Sy, président de la Fédération des organisations patronales de l’industrie touristique. En mai, le secteur privé a conduit sa propre évaluation. Inquiétante, celle-ci fait état d’« une baisse prévisionnelle de 35 % de l’activité », correspondant à une perte cumulée de près de 105 milliards de F CFA (160 millions d’euros).

Le gouvernement semble avoir entendu l’inquiétude de la corporation. Mi-juin, le ministère du Tourisme a fait savoir qu’une mesure d’exemption provisoire s’appliquerait, pendant un an, aux touristes pris en charge par des tour-opérateurs. Certains d’entre eux avaient commencé à poser des annulations dont le secteur touristique sénégalais aurait eu du mal à se relever.