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Rwanda : avec Séraphine Mukantabana, tous les chemins mènent à Kigali

Séraphine Mukantabana n'a regagné le Rwanda qu'en août 2011, avec beaucoup d'appréhension. © Vincent fournier/J.A.

La ministre rwandaise chargée des Réfugiés, Séraphine Mukantabana, s'efforce de convaincre les Hutus qui se sont exilés après le génocide de rentrer au pays. Qui, mieux qu'elle, pourrait les rassurer ?

Depuis le 30 juin, il n’y a officiellement plus de réfugiés rwandais, seulement une diaspora ordinaire d’un pays comme les autres. Décidée par le Haut-Commissariat pour les réfugiés de l’ONU, l’expiration de ce statut sous lequel vivaient plusieurs dizaines de milliers de Rwandais – hutus dans leur quasi-totalité – exilés depuis le génocide de 1994, est à la fois un signe positif fort, le HCR jugeant que les conditions de leur retour sont désormais toutes réunies, et une source d’anxiété pour bon nombre d’entre eux.

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Les informer et les rassurer : telle est la tâche que s’est fixée Séraphine Mukantabana, 52 ans, la ministre rwandaise chargée des Réfugiés et de la Gestion des catastrophes, qui s’emploie depuis plusieurs semaines à rendre visite aux communautés expatriées dans tous les pays d’Afrique centrale et orientale – à l’exception d’un seul : la RDC, dont le gouvernement, pour des raisons qui tiennent plus à la politique qu’à des considérations humanitaires, refuse de reconnaître les conclusions du HCR.

Tétanisés

Séraphine Mukantabana expose d’autant mieux les arguments destinés à convaincre ses compatriotes qu’elle a elle-même partagé leur sort pendant dix-sept ans. Cette diplômée en sciences de l’éducation, militante associative et épouse d’un proche de la famille de l’ex-président Habyarimana a en effet fui Kigali avec sa famille en mai 1994 pour rejoindre les camps de réfugiés hutus de l’est de la RDC. S’ensuivent de longs mois d’errance, à pied ou en pirogue, à travers un pays dévasté par la guerre. Avec son mari et ses enfants, elle se fixe un temps à Kisangani, puis à Kinshasa où Agathe Habyarimana, la veuve du président assassiné, lui remet une lettre de recommandation. En avril 1997, Séraphine s’installe à Brazzaville. Elle y restera jusqu’en 2011.

La ministre de Paul Kagamé ne s’en cache pas : longtemps, elle a vu en lui un ennemi, même si elle n’a pris aucune part au génocide. Figure de proue de la communauté rwandaise du Congo (15 000 membres en 1998, 8 400 aujourd’hui), elle a ainsi entretenu des relations avec la direction politique des Forces démocratiques de libération du Rwanda, les rebelles hutus du Kivu, avant de les rompre en 2002. Deux ans plus tard, elle accepte, la peur au ventre, de participer à une visite de découverte au Rwanda sous la protection du HCR. « J’étais persuadée de me rendre dans un pays policier et que tous les Hutus avaient été chassés de Kigali », raconte dans un sourire celle qui a attendu le 5 août 2011 pour faire son retour définitif.

Ce genre d’histoires, elle les entend encore aujourd’hui, de la bouche de réfugiés tétanisés à l’idée de ce qui les attend. « Je leur raconte mon itinéraire, je leur explique que les gacaca, les tribunaux traditionnels, sont désormais fermés et que personne n’est arrêté sans motif juridiquement valable. Je leur dis surtout que la réalité n’a rien à voir avec leurs fantasmes. »

Nommée ministre le 25 février, Séraphine Mukantabana a fort à faire avec des préjugés dont l’origine est plus complexe qu’on ne le pense : nombre d’exilés sont en effet dissuadés de rentrer au Rwanda par leurs propres parents restés sur place, lesquels entretiennent leur paranoïa pour éviter qu’ils ne reviennent réclamer terres et biens accaparés en leur absence. Mille collines, mille petites ruses…

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