Angola : José Filomeno de Sousa dos Santos, dans l’ombre du père

Écrit par Estelle Maussion, à Luanda

José Filomeno de Sousa dos Santos a été nommé à la tête du fonds souverain de l'Angola. © Capture vidéo Youtube

Jusque-là discrète, l'ascension de José Filomeno de Sousa dos Santos, fils du chef de l'État d'Angola, s'est accélérée avec sa nomination à la tête du fonds souverain du pays.

Il vient de passer de l’ombre à la lumière. Du statut de discret membre de la famille présidentielle à celui de personnalité publique. Le 21 juin, José Filomeno de Sousa dos Santos, 35 ans, a été officiellement nommé à la tête du fonds souverain de l’Angola, lancé en octobre 2012 et doté de 5 milliards de dollars. Une grande (et première) responsabilité publique pour le fils de José Eduardo dos Santos, lui-même à la tête du pays depuis trente-trois ans.

À Luanda, la nouvelle n’a pas provoqué beaucoup de réactions. Ni dans la presse ni dans la rue. Et pour cause : l’arrivée de « Zénu » – le surnom de José Filomeno – à la tête du Fundo soberano de Angola n’a surpris personne. « Cette nomination n’est qu’une confirmation, commente un membre de la société civile angolaise. Dans les faits, le fils du chef de l’État avait déjà plus ou moins le contrôle du fonds d’investissement. » Explication : le fonds était dirigé par un ancien conseiller économique du président dos Santos, Armando Manuel, épaulé par deux administrateurs : José Filomeno et Hugo Gonçalves, un ex-cadre de la Standard Bank Angola. Mais en mai dernier Manuel a été propulsé à l’influent poste de ministre des Finances. Depuis, la place à la tête du fonds était officiellement vacante, mais beaucoup pensaient que la voie était toute tracée pour le fils du président.

« Cette nomination confirme, s’il était nécessaire, l’emprise de la famille dos Santos sur le pays, mais elle est surtout le début d’une manoeuvre visant à en faire le successeur du président », affirme l’activiste anticorruption Rafael Marques. « L’objectif de José Eduardo dos Santos est de donner une visibilité à son fils en le présentant comme un gestionnaire des ressources du pays disposant de contacts à l’étranger. À terme, il s’agit de prouver qu’il est compétent pour gérer l’Angola », renchérit Justino Pinto de Andrade, économiste et membre d’un petit parti d’opposition. « Viendra ensuite le temps de nommer José Filomeno ministre, glisse encore un observateur du monde politique. Et Zénu sera bientôt considéré comme apte à prendre la suite de son père. » Une perspective qui contredit ceux qui voyaient en Manuel Vicente, l’ancien puissant patron de la compagnie nationale de pétrole (Sonangol) devenu vice-président du pays, le successeur de l’actuel chef de l’État.

Pour l’instant, le jeune dos Santos est inconnu du grand public. « On ne sait rien de lui, excepté le fait qu’il est le "fils de" », note Siona Casimiro, rédacteur en chef du quotidien O Apostolado. Marié et père de trois filles, José Filomeno est un homme réservé. Sa mère, une diplomate angolaise, rencontre son père lorsque celui-ci n’est encore que ministre des Relations extérieures du président Agostinho Neto. Zénu passe son enfance et une partie de son adolescence à Luanda, puis suit sa mère au gré de ses affectations. Il étudie la finance et la gestion à l’université de Westminster avant de devenir trader à Londres.

Les enfants du président josé Eduardo dos Santos © Jeune Afrique

Succession

Au début des années 2000, il décide de rentrer à Luanda. « J’ai suivi ma mère quand j’étais jeune, nous avait-il expliqué en février dernier. Mais je n’ai jamais pensé vivre ailleurs qu’en Angola. » De retour au pays, il travaille dans les assurances, le transport et la banque, notamment au sein de l’établissement privé Kwanza Invest, dont il est membre du conseil d’administration. Interrogé sur sa nomination au poste d’administrateur du fonds souverain, il avait mis en avant sa formation et son expérience, avant d’insister sur son engagement à « le gérer de manière transparente et rationnelle ». « C’est ma mission et elle me satisfait amplement. Je n’ai pas d’ambition politique », avait-il assuré, affirmant n’avoir jamais abordé avec son père la question de sa succession. Peu loquace sur ses relations avec ce dernier comme avec ses frères et soeurs, il avait fini par confier : « Quand nous sommes en famille, nous ne parlons pas de nos activités professionnelles. Nous prenons des nouvelles des uns et des autres, de nos enfants. » 

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